Colon irritable

Colon irritable: une chance sur deux d'abus sexuel

 

Selon le docteur Ghislain Devroede, professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke (Québec, Canada), les troubles de motilité du colon sont très souvent liés à des abus sexuels durant l'enfance. «Grâce à des études nord-américaines et européennes, nous savons maintenant qu'une femme sur deux qui consultent en gastroentérologie pour un colon irritable a probablement été victime d'abus sexuels durant son enfance. De plus, selon ces études, 90% des médecins traitants ne sont même pas au courant des antécédents d'abus.»

En tandem avec l'Université de Rouen, en France, l'Université de Sherbrooke a procédé à des recherches qui ont permis d'identifier les trois principaux symptômes des cas d'abus sexuels: douleurs abdominales chroniques, constipation et diarrhée. Les chercheurs ont également montré que la motilité anorectale est perturbée chez les sujets ayant été victimes d'abus sexuels.

Un congrès se penchera sur le sujet, du 23 au 27 septembre prochain (1998), à Montréal. Le premier Congrès international sur le plancher pelvien prévoit attirer 2000 personnes et réunira des spécialistes de 17 domaines dont urologie, gastroentérologie, chirurgie colorectale, sexologie, droit, psychologie, éducation et sociologie.

«On parlera également de chirurgies inutiles, dit le Dr Devroede. De fait, des études britanniques ont permis de constater qu'une femme victime d'abus sexuels par son père aura en moyenne, au cours de son existence, huit interventions chirurgicales, dont 75% seront inutiles. Nous avons également prévu une table ronde qui réunira des patients et des victimes d'abus sexuels. Il est important de leur permettre de nous communiquer leur vécu. Car nous devons apprendre à mieux connaître l'autre versant de la médecine.»


PasseportSanté.net

On peut penser, à priori que la région périnéale, par ses fonctions sexuelles et sphinctériennes est le lieu d'expression de conflits présents ou passés et que la douleur est là pour exprimer un non-dit . La douleur serait alors le témoin d'un désordre psychologique, dont l'expression pourrait être à la fois psycho-sociale (dépression, troubles de la sexualité, hystérie…) et somatique (douleurs et troubles fonctionnels pelvi-périnéaux). Mais si la douleur pelvi-périnéale chronique peut éventuellement être psycho-somatique, elle est indiscutablement somato-psychique en raison du retentissement de la douleur chronique sur l'équilibre psychique du patient.

Abus physiques et abus sexuels

Depuis longtemps, de nombreux auteurs ont souligné le rapport entre douleurs pelviennes chroniques et antécédents d'abus sexuels, ainsi que la fréquence d'interventions pelviennes chez les patientes abusées. Si la littérature est riche d'études faisant état de ce lien [234], beaucoup plus rares sont les études rigoureuses sur le sujet. Toute étude devrait en effet évaluer la fréquence des antécédents d'abus sexuels comparativement à la population générale d'une part, à celle des douloureux chroniques (céphalées, lombalgiques, fibromyalgiques) d'autre part et apprécier le rôle spécifique de l'abus sexuel par rapport à des paramètres très liés comme les antécédents d'abus physiques, d'épisodes de stress, de dépressions. Les douleurs périnéales ont été beaucoup moins évaluées dans ce domaine que les douleurs pelviennes. Les seules études concernent la vulvodynie.
WALKER [235]a étudié rétrospectivement 100 dossiers de patientes ayant subit une laparoscopie: 50 pour douleurs pelviennes chroniques, 50 pour ligature tubaire. 64% des patientes ayant des algies pelviennes ont un antécédent d'abus sexuel de l'enfance contre 23% dans le groupe témoin. Parmi les patientes avec des algies pelviennes et un antécédent d'abus sexuel, on retrouve aussi un taux élevé de dépressions, d'attaques de paniques, de phobies, de manifestations somatiques et une consommation élevée de médicaments. WALLING [236]avec une méthodologie très scrupuleuse, a comparé plusieurs groupes de femmes: 64 avec des douleurs pelviennes chroniques, 42 avec des céphalées chroniques, 42 sans aucun syndrome douloureux. Dans une première étude, il confirme que dans les douleurs pelviennes chroniques, la prévalence d'antécédents d'abus sexuels graves (c'est à dire avec pénétration) et /ou d'abus physiques (50%) est plus importante que dans la population avec céphalées chroniques (38%) ou dans celle sans douleur (30%). Dans une deuxième étude, sur les facteurs prédictifs de survenue [237], il conclue que l'abus sexuel de l'enfance ne paraît pas prédictif de la survenue d'une dépression, d'une anxiété et de phénomènes de somatisation alors que les antécédents d'abus physiques de l'enfance le sont pour tous ces paramètres. RAPKIN [238] a confirmé ces données en retrouvant un fréquence beaucoup plus élevée d'abus physiques de l'enfance dans les douleurs pelviennes chroniques (39%) comparés à d'autres douloureux chroniques (18,4%) ou à des témoins (9,4%) mais pas de différence dans la fréquence des abus sexuels (respectivement: 19,4%, 16,3%, 12,5%). Ainsi les abus sexuels de l'enfance ne seraient prédictifs de la survenue de phénomènes de somatisation que dans la mesure où ils sont associés à un abus physique donc qu'ils ont été graves.
L'abus sexuel retrouvé n'est pas exclusivement lié à l'enfance puisque dans une population d'algies pelviennes chroniques, on retrouve 26% d'abus sexuels de l'enfance mais également 28% d'abus sexuels à l'age adulte [239]. Cependant les antécédents d'abus sexuels , d'abus physiques, d'épisodes de stress émotionnels sont plus fréquents dans l'ensemble des populations douloureuses chroniques et ces différents paramètres sont liés entre eux[240] [241]. Il s'agit donc de liens complexes.
L'association d'une douleur pelvienne chronique à une fibromyalgie serait encore plus évocatrice d'un antécédent de violence physique ou sexuelle [192].
On retrouve plus d'antécédents d'abus sexuels dans le syndrome de congestion pelvienne que dans le groupe d'algies pelviennes chroniques sans congestion pelvienne [242].
Ainsi toutes ces études vont dans le sens d'une filiation entre abus sexuels "graves" et douleurs pelviennes chroniques incitant à des interventions chirurgicales excessives.

192. Dellenbach P, Rempp C, Haeringer MT, Simon T, Magnier F, Meyer C. Douleur pelvienne chronique. Une autre approche diagnostique et thérapeutique. Gynecol Obstet
Fertil. 2001;29: 234-243.

235. Walker E, Katon W, Harrop-Griffiths J, Holm L, Russo J, Hickok LR. Relationship of chronic pelvic pain to psychiatric diagnoses and childhood sexual abuse. Am J
Psychiatry. 1988;145: 75-80.
236. Walling MK, Reiter RC, O'Hara MW, Milburn AK, Lilly G, Vincent SD. Abuse history and chronic pain in women: I. Prevalences of sexual abuse and physical abuse.
Obstet Gynecol. 1994;84: 193-199.
237. Walling MK, O'Hara MW, Reiter RC, Milburn AK, Lilly G, Vincent SD. Abuse history and chronic pain in women: II. A multivariate analysis of abuse and psychological
morbidity. Obstet Gynecol. 1994;84: 200-206.
238. Rapkin AJ, Kames LD, Darke LL, Stampler FM, Naliboff BD. History of physical and sexual abuse in women with chronic pelvic pain. Obstet Gynecol. 1990;76: 92-96.
239. Jamieson DJ, Steege JF. The association of sexual abuse with pelvic pain complaints in a primary care population. Am J Obstet Gynecol. 1997;177: 1408-1412.
240. Lampe A, Solder E, Ennemoser A, Schubert C, Rumpold G, Sollner W. Chronic pelvic pain and previous sexual abuse. Obstet Gynecol. 2000;96: 929-933.
241. Lampe A, Doering S, Rumpold G, et al. Chronic pain syndromes and their relation to childhood abuse and stressful life events. J Psychosom Res. 2003;54: 361-367.
242. Fry RP, Beard RW, Crisp AH, McGuigan S. Sociopsychological factors in women with chronic pelvic pain with and without pelvic venous congestion. J Psychosom Res.
1997;42: 71-85.

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Vous devez être connecté pour poster un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site