Quand j'ai parlé

L'infirmière du lycée

Lorsque j'étais plus jeune, chaque fois que j’ai parlé, j’ai toujours été rejetée, je me suis sentie sale à chaque fois et pourtant j’en ai parlé plusieurs fois à divers interlocuteurs, à ma famille, au collège, à une infirmière du lycée à des médecins mais chaque fois la réponse était la même. En gros je racontais ça pour me rendre intéressante, je faisais perdre du temps à tout le monde et ça ne pouvait pas être vrai, mon agresseur en plus étant respecté par tout le monde parce qu’il était très sympathique, agréable, souriant, fêtard, toujours prêt à rendre service ben, forcément, c’était difficile à croire pour tout le monde.

Je crois que ce qui m’a le plus blessée en dehors du fait que je l’ai dit à ma famille et que j’étais rejetée vraiment par tout le monde c’est quand un jour j’ai été convoquée par l’infirmière du lycée où j’étais parce que j’avais des comportements vraiment violents, elle m’avait convoquée parce que j’avais cassé le bras d’un garçon qui voulais me mettre une main aux fesses dans le couloir et ils avaient trouvé que ce n'était pas normal que je l'agresse, elle m’a demandé ce qui se passait, elle était très gentille, très douce et c’est vrai qu’elle m’a mise en confiance, je lui ai tout raconté : mon histoire d’inceste, plus le reste parce qu’il y avait aussi beaucoup de choses et j’ai eu le sentiment qu’elle me croyait, c’était la première fois que j’avais ce sentiment, qu’on ne me regardait pas comme si j’étais une pestiférée, pas comme si j’étais quelqu’un de sale et de non respectable et je me suis dit que cette personne allait m’aider et en fait non, elle m’a simplement écoutée et elle m’a donné deux morceaux de papiers : un avec les coordonnées de la brigade des mineurs de Bobigny et un autre avec les coordonnées du psy du CMP. En fait, je suis sortie et je ne savais vraiment pas quoi faire de ces papiers, donc j’ai pris le premier de celui qui me faisait le moins peur finalement c’était les coordonnées du psy, donc je l’ai contacté j’y suis allée, c’était difficile parce que j’avais très peur d’aller le voir, c’est pareil je lui ai balancé toute mon histoire et il m’a regardé, enfin, il n’ a rien dit pendant tout le temps, il m’a regardé et en gros il m’a dit « mais ma pauvre fille, t’as rien d’autre à faire que d’aller raconter des bêtises pareilles ! » La brigade des mineurs, bien sûr, j’ai jamais appelé et en revanche, mon père à trouvé le papier de la brigade des mineurs dans mon porte feuille, il a cru que c’était pour lui parce qu’à l’époque il me battait beaucoup, et il pensait que j’avais ce papier en fait pour aller voir les flics pour porter plainte contre lui, ce qui n’était pas du tout le cas et je me suis pris une raclée d’enfer à cause de ça.

La première personne, c'était un éducateur

Ça a été nuisible pour moi quand j’en ai parlé à un éducateur. Il m’a écoutée, il a compris ce que je lui disais. Il en a même profité pour coucher avec moi au passage, c’était plus simple et le lendemain matin il m’a redéposée chez moi et il m’a dit « c’est pas bon qu’on continue à se voir » et rien d’autre. Sinon, à part lui, j’en n’ ai jamais parlé, j’en ai parlé après à mes petits amis, certains, pas tous. J’en ai parlé à mon mari, ça a été nuisible pour moi je ne le savais pas encore mais cet homme était violent. A chaque fois qu’il me frappait il me disait «  pleures pas, t’as vécu pire ! »

Dans les nuisibles j’ai aussi oublié, là je ne dirai même pas que ça a un effet nuisible, je dirai que cette personne était totalement nuisible, elle ne valait pas mieux qu’un cafard, c’était un psy, une femme psy, j’avais 13 ans je lui ai raconté et elle m’a dit » tu raconte des histoires, tu es une mythomane dangereuse, tu racontes une histoire pour ne pas avouer que tu as séduit un homme marié », j’avais 13 ans, donc moi, la séduction là dedans, je ne voyais pas ce qu’elle venait faire.

Sinon au niveau de l’aspect bénéfique, il y a eu plein de personnes dans ma vie où ça a été bénéfique, il y a eu A. qui est quelqu’un avec qui j’ai passé un petit bout de ma vie, et A j’en ai parlé très vite un soir où on avait un petit peu bu, et c’est arrivé dans la conversation comme ça, j’ai vomi les mots, j’ai pas arrêté de parler, le pauvre il ne devait pas s’attendre à ça, ça faisait même pas un mois qu’on était ensemble. Et ben, finalement c’est lui qui est revenu sur la conversation, qui a essayé de me faire parler et ça m’a fait du bien. Après dans les côtés bénéfiques ça n’a pas été le fait d’en parler, c’était le fait d’écrire, j’avais besoin de le coucher sur papier, et là ça a vraiment était bénéfique parce que depuis que mon livre est sorti, en fait, depuis quelques mois, j’ai vraiment cette impression de soulagement, c’est un poids qui est descendu, il remonte parfois parce que je sais pas il est sur poulie ce poids, il monte, il descend, il fait ce qu’il veut mais les trois quart du temps il est quand même par terre et ça, ça fait du bien. Et donc ça, ça a vraiment était une libération, j’ai l’impression que depuis que ça a été fait, alors je sais pas si c’est que j’ai transmis mon fardeau, je n’espère pas, j’espère pas  que c’est un fardeau pour ceux qui le lise mais moi ça ma permis de le déposer quelque part et de me dire "c’est écrit là et puis ça bouge plus maintenant et surtout ça m’embête plus", bien sûr y a des jours où j’y repense et surtout que comme j’ai un blog lié à ça, toute la journée il y a des jeunes filles en mal de confidente qui viennent me raconter leur problème. Moi il n'y a pas de souci, je les aide comme je peux mais j’ai appris à dire non, ça y est, j’ai appris à mettre des limites et à repousser les gens quand j’en peux plus. Et c’est bénéfique pour moi aussi d’en parler justement avec d’autres victimes parce que je me rend compte que finalement je suis normale, c’est pas moi qui a un souci, je suis toute à fait normale ça va et ça, ça fait du bien, parce que pendant des années je me suis dis que j’avais un problème, que c’était pas possible, je me rappelais de tout donc je savais que je n’inventais rien mais je pensais que toutes mes réactions étaient anormales, mais en fait je me rend compte qu’on passe toutes un peu par des phases d’autodestruction, par des phases de déni, par des phases d’incompréhension et j’ai un peu cumulé tout ça et finalement je me dit mince je me dis que j’aurai du en parler plus tôt ça m’aurait fait du bien. Avec ma famille, j’en n’ ai toujours pas parlé de vive voix, il l’on lu j’ai eu des mails, on eu des échange par écrit mais de vive voix absolument rien,  mon père se refuse à le lire il ne veut pas, il ne veut pas entendre, ma mère c’est que des mails on n’en parle pas de vive voix, de toute façon je la connais aussi je sais qu’elle est comme ça, elle n'a pas envie de revenir, je sais pas si elle n'a pas envie de revenir sur les choses parce qu’elle se sent fautive ou si elle n'a pas envie de revenir dessus parce qu’elle se dit que c’est le passé. Dans tout les cas on en n’a pas reparlé. J’en ai parlé finalement plus avec les autres victimes de cette personne, parce que c’était mon oncle, j’en ai plus parlé avec son fils et sa fille qui eux effectivement on acceptés d’en parler  avec moi mais c’est pareil très peu d’oral beaucoup de mail. Je crois qu’on reste encore dans le côté chappe de plomb. "Voilà ça a été dit bon ben maintenant c’est bien tu l’as dit, on la tous lu t’es gentille, la page elle est blanche on l’a tourne et puis on passe à autre chose." Mais ça non, y’a un côté de moi qui n' accepte pas, j’accepte pas qu’on se dise bon ben ça y est c’est bon maintenant qu’on sait on peut passer à autre chose et on l’évite. C’est un déni de leur part, je sais pas pourquoi peut être parce que c’est trop dur à affronter pour eux, en même temps ils ont passé 20ans à se voiler la face pourquoi il vont changer maintenant il n'y a pas trop de raison.

J'ai donné ma confiance à une éducatrice

J’ai 18 ans, je suis pionne dans un lycée privé ou j’ai ma chambre, je cherche à devenir indépendante.

« Grâce à ma mère » qui cherche à m’aider, pour mon avenir car je veux être éducatrice, je rencontre «jealu ». Elle doit avoir au moins 40 ans, elle est éducatrice, elle me fait connaître le monde du handicap. Je lui fait confiance, elle a l’air si ouverte, avec elle je peux échanger…Elle est entourée de jeunes pommés, elle les aide. Elle vit seule avec une petite fille noire qu’elle a adoptée. Elle est gentille, affectueuse… Un jour je parle, j’ose enfin parler, je lui raconte mon histoire d’inceste avec mon frère. Je me dévoile et un jour je lui dis que j’ai peur de ne jamais avoir de plaisir sexuel, que je suis perdue. Elle me dit qu’elle est là pour m’aider. En y réfléchissant bien je sentais que quelque chose en elle devait être glauque, mais elle m’écoute elle !! Un jour elle m’explique qu’elle a déjà aidé des enfants, des jeunes comme moi au Bon Sauveur. C’est une méthode pour aider les jeunes qui ont vécu des problèmes comme les miens. Elle leur apprend à avoir du plaisir avec leur corps….Elle me le propose s’en m’obliger, c’est fait de manière très « rodée » Je finis par me prêter à cette expérience! Je suis si perdue, et ça marche !!! J’ai du plaisir!!
Ce qui est dingue c’est que jusqu’à il y a deux mois environ ou j’ai raconté cette histoire à mon psy, je n'y pensais pas vraiment, cette personne m’avait aidée… cette histoire était en moi, c’est tout! Et c’est en racontant ça à mon psy que j’ai commencé à réaliser … je me suis aussi faites abuser par cette femme, putain, c’était une éducatrice, elle aurait du me pousser à porter plainte au contraire, elle est rentrée dans ma famille, en minaudant auprès de mes parents, en leur disant qu'elle allait m'aider à trouver ma voie, ce qu'elle a fait: j'ai eu mon premier travail dans un centre d'enfant handicapés grâce à elle et moi je l’appelait ma « petite maman » et voilà j’ai continué mon existence de merde alors que si j’avais rencontré une personne honnête je n’aurais sans doute pas eu cette vie là.

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site