Les conséquences

L'automutilation, souffrir pour se purifier...

Je me souviens très bien des premières fois où j'ai commencé à me couper avec de petites lames de rasoir et à me piquer avec des aiguilles à coudre. Même si j'avais l'impression de ne pas être là je me rappelle combien j'étais concentrée pour me faire du mal sans prendre le risque de me tuer et aussi combien de fois seule le soir dans ma chambre, avec ma musique je cherchais la force de me mettre un coup fatal pour en finir.
Ces blessures sont quasiment restées toujours invisibles aux yeux de tous, comme moi, comme tout ce que je faisais, bien ou mal. Quand quelqu'un s'en rendait compte, il ne se passait rien, tout le monde était déjà si persuadé qu'à 16 ans j'étais foutue, que j'étais dingue, que ça ne servait à rien d'essayer de me sauver.
Je me souviens d'avoir pleurer des heures, sans bouger, sans comprendre pourquoi j'étais devenue "ça", sans que quelqu'un vienne me tendre la main et là je me disais "et si je mourrais?" "peut-être que tous ils se reveilleraient, peut-être qu'ils se rendraient compte de qui j'étais vraiment, peut-être qu'ils me regretteraient, peut-être qu'ils seraient tristes, peut-être que je deviendrais un ange et que je pourrais les voir pleurer de là haut..." et je priais, je priais si fort pour que tout ne soit qu'un mauvais rêve, pour que ma mère vienne me prendre dans ses bras, pour que tous ils me demandent pardon.
Mais je priais en vain, je n'étais peut-être pas assez croyante. Je ne suis restée que la pestiféré, la folle, celle qui ne voulait que détruire la famille, celle qui ne causait que des problèmes, celle qui n'avait pas de photos d'elle bébé parce qu'elle était trop laide voyons! Celle à qui on faisait le signe de croix sur le front quand elle saignait du nez parce que c'était le diable qui sortait par le nez! Celle qui faisait tout le temps la gueule! Celle qui de toutes façons finirait mal parce qu'elle ne s'interessait qu'aux garçons! Celle qui mentait! Celle qui était vicieuse, menteuse, voleuse!
Alors oui, me mutiler me faisait le plus grand bien, c'était mon soulagement du jour, ça me permettait de continuer à survivre, de me supporter et je riais même parfois de voir mon sang couler.

Les conséquences d’un homme victime d’inceste maintenant devenue « adulte ».

Abusé sexuellement et battu de l’âge de 5 ans à l’âge de 11 ans par le grand-père paternel, handicapé moteur, violeur en série avant son handicap, et pédophile aux nombreuses victimes (tous les petits enfants de la famille ainsi que les enfants en « visite » avec leurs parents), je vais à présent vers ma quarantième année.
Depuis ma sortie du déni et la réminiscence de ces années noires en 2006, les souvenirs détaillés (images, sons, sensations physiques, odeurs) ont refait surface violemment au cours de cette année là.
Les souvenirs se présentent encore à présent, de jour comme de nuit, car après sept années de destruction enfouies qui refont surface, il y a de nombreuses scènes qui remontent de manière malgré tout.
Au moment où ces souvenirs se présentent à l’esprit, bien souvent déclenchés par un évènement du quotidien qui me plonge dans un sentiment d’effroi (harcèlement de créanciers, refus d’aide sociale, menaces d’huissiers), je me retrouve en état de choc, avec tremblements, « paralysie mentale » qui m’empêche de penser ou d’agir, de faire quoi que ce soit.
J’ai depuis 2006 plongé dans une spirale infernale, ai été hospitalisé pour dépression suite à plusieurs tentatives de suicide ; je me suis par la suite séparé de ma compagne avec qui je vivais, j’ai perdu mon emploi, me suis retrouvé surendetté et harcelé par les créanciers, et vit dans une grande précarité actuellement avec des problèmes de santé physique, et un risque d’expulsion de mon logement au printemps prochain.
Après avoir suivi plusieurs formes de thérapie, après avoir servi de « sujet d’étude » par des psychiatres peu scrupuleux, après avoir été drogué légalement en clinique dans une humiliation totale (produits qui me faisaient baver et uriner dessus, tout en étant conscient sans pouvoir rien y faire), je me retrouve dans une situation de détresse sociale pleinement liée à cette détresse morale.
Coupé volontairement de ma propre famille qui vit dans un déni total (une de mes nièces étant elle-même abusée par son père, sans que personne n’ait tenté d’agir en justice, malgré mes tentatives de thérapie familiale et de recherche de magistrat, pédopsychiatre et psychologue spécialisés dans l’inceste), je me retrouve seul et submergé par les problèmes sociaux auxquels je dois faire face.
Le souci majeur est qu’en fait, n’ayant pu me développer naturellement enfant dans une construction saine et équilibrée, je me retrouve dans un corps d’adulte que je rejette (le ressentant comme sale, « profané ») avec un état d’esprit d’enfant « mal développé », perdu au milieu de cette tourmente sociale.
Ce que ne comprennent pas les services sociaux, ni la majorité des médecins, c’est que la victime que je suis aurait besoin d’aide spécifique et détaillée. Le problème majeur étant que ces services et institutions par manque de volonté politique sont peut-être spécialisés dans leur domaine, mais il leur manque de manière évidente une formation et sensibilisation en victimologie, comme pour les victimes d’attentats par exemple.
J’aurais besoin en fait d’une aide sociale qui prennent en charge la totalité de mes démarches à effectuer, d’une aide psychologique adaptée et constructive, d’un accompagnement spécialisé dans chaque domaine de la vie, n’étant donc qu’un « esprit d’enfant meurtri » dans un corps d’adulte usé par le traumatisme. Mais je tiens à rester digne, debout, et ne souhaite pas être assisté toute ma vie, ce qui serait pour moi un blocage de possibilité d’évolution et de développement.
Il ne se passe pas une seule semaine sans que je n’aie le désir de mettre fin à mes jours par désespoir de trouver un apaisement, une « cicatrisation », à défaut d’une guérison. Je l’ai déjà fait, et ai failli mourir neuf fois depuis, six fois involontairement mais directement lié au trauma (maladie cardiaque grave psychosomatique) et trois fois volontairement. Ce désir erroné et trompeur consisterait à détruire ce corps, support de cette souffrance aux stigmates omniprésents, et je comprends alors les victimes qui « mutilent » leur corps sous diverses formes, par des comportements à risque ou des addictions parfois pouvant causer la mort.
Je me retrouve donc socialement totalement isolé et mis à l’écart, sans aucune aide autre que celle de mes amis proches, à qui normalement ce rôle d’aide ne revient pas, mais sans qui je ne serais tout simplement pas là à écrire ces mots.
Je trouve absolument abjecte que non seulement l’inceste reste tabou dans notre société, puisque bien souvent en milieu clos familial, donc touchant à la « vie privée », et dont les responsables de notre pays ne tiennent absolument pas compte en dehors des périodes électorales, et surtout montrant leur volonté politique et l’exemple en intégrant au sein de son gouvernement un ministre de la culture « pédophile repenti ». Si dans les plus hautes sphères législatives et exécutives, l’inceste est couvert de manière abominable dans un amalgame entre les « mœurs », entre une solidarité affichée publiquement pour des réseaux privés de pédocriminalité impliquant hommes d’affaires, politiques, magistrats, médecins, je ne vois absolument pas comment les victimes peuvent espérer une amélioration de leur prise en charge et du soutien vital dont nous avons tous besoin.
Je déplore également l’éclatement sous forme associative, bien que j’admire le travail qui y est fait et y adhère, de groupes de bénévoles pour lutter contre l’inceste : cette pluralité d’associations défendant les enfants victimes ainsi que les adultes ayant été victimes, ne fait que disperser le problème, cette désunion faisant l’affaire des pédocriminels, que ce soit en milieu familial ou dans ces réseaux criminels qui regroupent des personnalité couvertes soit par leurs fonctions, soit par leur amis politiques tout puissants.
Je déplore l’absence de collectif associatif en France et ailleurs de tous les groupes qui luttent contre ce fléau : l’union faisant la force, je ne pense pas que des centaines d’associations qui ont pourtant le même but arriveront à bousculer l’opinion publique pour que les choses changent enfin.
Je déplore également ce manque de solidarité collective associatif, qui malheureusement ne tient bien souvent qu’à une « guerre de clochers », où l’égo prend le dessus sur le souci altruiste pour les victimes actuelles et celles de demain.
Le monde ne s’est pas fait en un seul jour, certes, mais il est temps que toutes les associations luttant contre l’inceste s’unissent enfin (plus de deux millions de victimes recensées en France) pour pouvoir se faire entendre de force (la diplomatie avec le pouvoir politique qui ne montre pas l’exemple s’avère stérile, puisqu’aucun parti politique n’a jamais rien fait concrètement), voire ensuite à l’échelle européenne pour mettre fin et à ce fléau dans chaque pays, et au trafic d’enfants dans les réseaux pédocriminels organisés et puissants qui font aujourd’hui venir clandestinement des enfants des pays de l’est, pays ayant rejoint l’Europe (dans les années 80 le trafic portait sur des enfants des pays du Maghreb), et mettre un terme à ces organisations mafieuses d’un tourisme sexuel international rapportant beaucoup plus d’argent que le trafic de drogue.
Je souhaite qu’une réelle et concrète volonté altruiste d’union collective associative voie le jour.
Je tiens à rester digne, humain, et donc à être traité en tant que tel : le chemin risque d’être long, et je ne peux compter finalement que sur moi-même et mon entourage proche et fidèle.
Il ne se passe pas une semaine sans que je n’éprouve le désir de mettre fin à ma souffrance et donc à mes jours : jusqu’à quand ?...

Invisible...

Le sentiment de honte et de culpabilité… je l’ai ressenti très fortement toute petite. Parce que j’ai grandit dans une famille très maltraitante, mon père était alcoolique et très violent. Ma mère me rejetait complètement, elle ne voulait pas s’occuper de moi. Rien qu' en dehors de l’inceste, j’avais la sensation de ne pas exister, et d’être invisible, ça rejoint un peu le fait de ne pas avoir le droit de vivre, j’avais l’impression d’avoir toutes les tares toute petite et que je n'étais pas aimable, je n'étais pas importante, j'ai un petit frère qui a un an de moins que moi et lui avait tout l’amour de ma mère et n’était jamais battu par notre père. C’était comme ça. Je me disais que forcément ça ne pouvait venir que de moi. Et après quand il y a eu l’inceste à 5 ans, par le frère de ma mère, je n'ai pas trop compris ce qu’il se passait, je savais que ce n'était pas bien, mais en même temps je n'ai pas dit « non », j’ai pleuré mais je n'ai pas dit « non » et mon père est intervenu sur cette première fois, il est arrivé, il l’a pris en flagrant délit et il l’a attrapé violemment, il l’a emmené dans la maison et voilà, c’est tout, on en n’a pas reparlé, cet oncle est devenu mon baby Sitter toutes les semaines jusqu’à 12 ans. Il a continué bien sûr. Moi, comme je savais que mon père l’avait vu et savait je me disait que je n'étais vraiment pas aimable et vraiment pas importante puisque tout le monde s’en foutait et j’ai traîné ce sentiment pendant très longtemps, de solitude et d’être invisible aux yeux de tout le monde. A l’adolescence, je suis devenue très violente, j’avais tellement la sensation de ne pas exister qu' il fallait que je trouve des solutions pour me persuader que j’étais bien là et vivante. Alors j’ai commencé l’automutilation, mais pas pour me punir, pas par sentiment de honte mais juste pour me faire du mal et me prouver que j’existais et que j’étais bien là et que ce n'était pas un rêve. Après j’ai fugué, j’ai pris de la drogue, ensuite c’était l’alcool, enfin, il y a eu tout un passage. L’autodestruction en couchant un peu avec n’importe qui mais pour moi, c’était plus pour être sûre que j’étais bien là. Si je me faisais du mal j’étais sûre que j’étais bien là et si j’étais dans mon état normal, je ne ressentais rien, j’avais juste l’impression de flotter, de ne pas être là. Ce sentiment là, d’être invisible, il ne m’a jamais quittée. Aujourd’hui, je le ressens encore. Ce qui fait que je me sens tellement mal partout, au travail, dans la rue, etc.… que maintenant je ne travaille plus. Je reste chez moi toute la journée. Je suis arrêtée, je suis en dépression, je suis sous traitement. Et depuis que je n’ai plus à affronter des gens au travail, dans la rue, dans les transports, je me sens mieux. C’est une fuite, une fuite sociale. Ce n'est pas la solution mais pour le moment je me sens plus en sécurité comme ça…mais j’ai toujours l’impression d’être invisible, qu’on ne me voit pas, qu’on ne m’entend pas, quand je fait quelque chose de bien, je me dit toujours que je suis un imposteur et qu’on va me démasquer ou que j’ai eu un coup de bol, mais je ne fait jamais les choses bien pour moi, parce que j’ai des qualités. Je ne sais pas si ça vient du sentiment de honte et de culpabilité, je me rends pas bien compte mais c’est plus l’impression de ne pas exister, comme je donne toujours l’impression d’aller bien, d’être souriante, les gens autour de moi ont l’impression que tout va bien. Donc, mon compagnon voit que je suis en dépression, que je suis arrêtée depuis trois mois mais il se dit « ben ça à l’air d’aller », le soir c’est « t’as pris ta pilule, ton médicament ? », ouais, bon ben c’est bon. Mais j’ai besoin de donner l’impression que tout va bien autour de moi parce que je ne veux pas que les gens soient mal, je ne veux pas que les gens soient malheureux, je ne veux pas déranger.

Une sorcière s’est penchée sur mon berceau

J’ai bientôt 30 ans et je n’ai rien fait de ma vie.  Dés ma naissance une sorcière s’est penchée sur mon berceau et m’a tracé toute ma vie. Au plus loin que je me souvienne, j’avais 7 ans quand les viols ont commencé. A l’époque je pensais que mon père m’aimait et que c’était une façon de partager cet amour.  J’ai très vite été envahie par l’idée de la mort, quelque chose ne tournait pas rond !!Le soir je m’imaginais dans un cercueil et j’attendais le mort. La mort n’était en fait que mon père. Un père à la sexualité surdéveloppée à mon avis et qui me manipulait physiquement et psychologiquement. 

Ma mère, ni sécurisante, ni protectrice, m’a laissé sa place de femme auprès de mon père avec tout ce que cela implique. Elle me disait : « t’es tellement parfaite, tu n’as qu’à prendre ma place ». Une perfection que je ne pensais pas avoir mais j’ai pris ce rôle tellement j’aimais mon père. Je ne savais pas que cela allait gâcher toute ma vie.

De son côté, mon grand frère, me voyant engloutie dans cet amour paternel et sexuel, m’a offerte à ses copains, « tu as de l’expérience ».  Ce qu’on appelle tournante aujourd’hui était déjà d’actualité. Pourtant j’étais asexuée mais ils disaient « un trou c’t un trou ». L’humiliation totale.

J’ai subi le muscle d’amour paternel jusqu’à mes 14 ans. Finalement je n’étais pas une femme, mon corps ne se transformait pas. Je n’ai pas compris mais j’étais anorexique et ce depuis l’enfance.

Puis à 16 ans, mon père est mort et malgré tout je l’ai idéalisé face à une mère détestable et méchante.  J’ai eu récemment deux opérations du visage pour oublier qu’elle était un peu trop excessive.

Aujourd’hui je me sens détruite, salie et je ne sais pas vers quoi je vais. La mort a fait son chemin, l’anorexie aussi. Me voilà à 30 ans et j’ai des relations très compliquées avec les personnes que je rencontre. Je suis à la recherche d’une mère protectrice et aimante pour la petite fille qui est en moi. Je ne supporte pas le contact physique avec un homme. La sexualité est un mot tabou pour moi. J’aimerais revenir en arrière dans une autre famille, j’aimerais redevenir une petite fille alors que je suis en âge d’avoir des enfants. Mais je n’en veux pas parce que je n’ai pas confiance en moi. Je ne me sens pas d’avoir des responsabilités, la responsabilité  d’un petit être. Et surtout de me dire qu’il est possible d’aimer sans que cela soit rattacher à une souffrance.

Je passe du temps à attirer les personnes vers moi puis à les rejeter dés qu’une petite chose ne va pas. Et surtout ce lourd passé fait peur aux gens. J’ai parfois le sentiment d’avoir une étiquette sur le front écrit en gros : « VIOLEE, NE PAS S’APPROCHER ». Je dégage certainement quelque chose de repoussant pour les autres. Alors finalement j’ai décidé de changer, de cacher. Le rejet je le vis autrement, je me fais vomir et ça me soulage un instant. C’est con mais le plaisir de vomir et le seul plaisir que je m’octroie.

Je suis suivie en psychothérapie depuis 13 ans dont 10 avec le même psychiatre qui a beaucoup de patience mais comme beaucoup de psys pensent d’abord à régler les symptômes par des médicaments pour se protéger et sûrement me protéger.

J’ai besoin d’aide, je le sais, alors je cherche et je témoigne.

Je ne veux pas devenir adulte

Je suis hyper méfiante mais en même temps très manipulable. Il suffit de voir où est ma fissure pour entrer dedans et là on me brise en moins de deux.

Par contre, je déteste les gens, je déteste les adultes, d’ailleurs moi je ne veux pas devenir adulte, moi dans ma tête, je ne suis pas une adulte, si quelqu’un me dit que je suis une adulte, là, je fais des bonds et je dis « non, non, moi je ne suis pas une adulte », un adulte c’est un pervers, c’est un manipulateur, c’est quelqu’un qui fait du mal, moi, je déteste ça, c’est un peu difficile parce que j’ai des enfants donc du coup à la maison on a du mal à savoir qui est l’adulte, qui est l’enfant, des fois c’est ma fille qui prend ma place, c’est un peu le monde à l’envers à la maison.

A l’adolescence, c’était l’agressivité, je ne passais que par l’agressivité, je ne laissais personne parler, je ne laissais même pas la communication, je ne faisais pas confiance, dès qu’on essayait de communiquer avec moi je passais par l’agressivité en fait. Avec mes parents, c’était pareil, on n’a jamais parlé et puis maintenant je ne les vois plus mes parents, je ne vois plus ma famille. Au niveau confiance en moi c’est zéro, je ne m’aime pas, je ne peux pas sortir de chez moi sinon il y a trop d’adultes autour de moi, je préfère rester avec mes filles. Pareil, si je dois aller travailler, ce sera plus avec les petits vieux parce que je me dit « ils sont tout grabataires, ils ne vont pas me faire du mal eux », quoi que, moi, l’auteur de mon inceste c’est mon arrière-grand-père, il avait 70 ans passé, comme quoi l’âge n’arrête rien. Et puis, je suis tellement manipulable que je me dit que si je sors de toute façon c’est mort, je vais me faire manipuler, je vais me faire piéger, je sens le piège, je fuis, mais moi c’est pas simplement je fuis c’est je fugue, je disparais, je ne dis rien à personne et je disparais.

Au niveau du travail, je ne travaille pas.

Au sein de la famille, je n’ai pas confiance, avec mon mari, ça fait huit ans qu’on est mariés et c’est la première année qu’il a le droit d’aller à l’extérieur autre que son travail parce qu’avant c’était…je savais à quelle heure il devait partir, à quelle il devait rentrer, cinq minutes de retard, il était mort ! Là-dessus ça va mieux mais par contre, je l’ai…je viens de me faire adopter par un homme, du coup, ça s’est renversé sur lui, je ne supporte pas qu’il aille travailler, je ne supporte pas qu’il aille aider les autres parce qu’il a un travail où il aide les autres, si il va aider les autres ça veut dire qu’il me laisse tomber, qu’il ne m’aime pas, donc, au niveau de la confiance là-dessus il n’y en a pas, si on va parler à quelqu’un d’autre qu’à moi c’est comme si on ne me faisait pas confiance. En fait, je n’aime pas les gens et ça ça m’empêche de vivre à fond.

Par contre, je suis une formation, je ne leur parle pas, alors ils essaient, ils m’envoient des mails mais ils ont compris que je n’allais pas bien donc, ils me laissent tranquille, je ne leur parle pas, je ne mange pas avec eux, ils peuvent se mettre à une table, moi je vais me mettre à une table à l’autre bout, je ne me mélange pas avec eux de toute façon, si c’est pour les entendre faire les hypocrites, parler de leur voisin...

J'ai parfois l'impression de n'être qu'une conséquence

Ma mère n'avait pas 20 ans lorsque je suis née. Élevée dans un village au sein d'une famille catholique pratiquante, elle a dû m'abandonner à mes grands-parents. Ils se sont occupés de moi jusqu'à l'âge de 8 ans. Ils avaient également pris en charge une de mes cousines, MH, dont les parents avez divorcé. Pour les vacances c'était le foyer de la sœur aînée de ma mère et de son mari, mon parrain, qui nous accueillait.

Mon premier agresseur a très certainement été ma grand-mère. Je ne sais pas à quel âge ont commencé les lavements qu'elle nous infligeait successivement à l'une et à l'autre, sous le regard de mon grand-père. En revanche, je ne me souviens pas d'avoir eu le moindre problème de transit ni très jeune ni plus tard. Plus que le traitement en lui-même, c'est de la honte dont je me souviens. L'impression d'être sale et d'être exposée aux yeux de ma cousine, qui allait subir le même sort, et de mon grand-père. Son regard gris, sale…Cet homme soumis, taiseux, a violé ma cousine. Je ne l'aime pas. J'adore ma grand-mère ou plutôt, je l'admire. C'est une "maîtresse-femme", une femme de pouvoir. Nous la craignons tous ; elle décide pour tous. Je suis sa préférée. Dans ma famille il y a les "préférés" et les autres, ma cousine est de ceux là…Pour moi, c'est important d'être "préférée" parce que je crois que je suis aimée. Pourtant, je manque toujours "d'un toit sur la tête". Je sais que je suis à la merci des adultes et même si je subi les mêmes traitements que MH, je sais que face à d'autres dangers ma grand-mère sera là pour moi. Les lavements, la honte, l'angoisse, la docilité ne sont que le prix à payer.

Pour les vacances, ma grand-mère nous confie à sa fille aînée dont le mari a "une bonne situation". C'est d'ailleurs le seul des gendres qui reste et qui s'impose. C'est ma grand-mère qui l'a choisi pour ma tante. C'est mon parrain. C'est un despote qui terrorise sa femme et ses deux enfants. C'est un homme respectable et respecté! Il m'aime bien : je suis une agréable petite fille, sage, drôle, curieuse et intelligente. On est fiers de moi, on me cite en exemple : à l'école, j'ai un an d'avance, je lis tout le temps, je ne me salis jamais, je ne joue pas, ne pleure pas, bref je suis "une petite fille modèle". J'ai entendu ça toute mon enfance! Ma tante et lui, ont des chambres différentes. Entre 6 et 8 ans, elle me propose d'aller dormir avec mon oncle, j'accepte avec plaisir : je suis la préférée! Il va m'aimer, me protéger, ils parlent de m'adopter …mon oncle me touche, puis me viole jusqu'à environ 10 ans. Après je ne veux plus, je me sens trop sale, j'ai peur d'être seule avec lui. Mais je veux encore être "sa préférée", je veux qu'il m'aime pour me protéger. Chez eux, j'ai l'impression d'être une "princesse", je suis choyée, aimée. La peur du coucher, la peur constante d'avoir commis le "pécher mortel", la honte, encore, la culpabilité de prendre du plaisir, le secret à taire et qui isole, encore une fois, c'est seulement le prix à payer.

A huit ans, ma mère se marie, elle trouve la force de s'opposer à ma grand-mère, elle me reprend.  J'ai un demi-frère et un beau-père. Je ne les connais pas. Ma grand-mère les méprise. Je ne suis plus la "préférée". Je hurle que je veux voir mon oncle et ma grand-mère, ce sont les seuls qui m'aiment! Ma mère accepte qu'ils m'accueillent pour les vacances.

Les conséquences :

Le déni jusqu'à 39 ans. Avant, je savais mais ça appartenait au passé, ça ne me concernait pas. C'était une autre. Je pensais que mon mal-être, mon état dépressif n'était dû qu'à mon absence de mère et de père. Grâce au déni j'ai pu mener quelques études et débuter une vie professionnelle correcte. Mais, certaines conséquences étaient déjà présentes :

  • D'excellente élève, précoce, je suis devenue une élève très moyenne. Je voulais être comme tout le monde, ne pas me faire remarquer.
  • Difficultés à avoir des amis, à sortir
  • La honte, la "saleté" du secret.
  • Absence de jeux.
  • Phobie des médecins et de toutes les situations où un étranger devait me toucher et où je devais me déshabiller (les visites médicales scolaires étaient un cauchemar)
  • Crainte qu'on remarque que je n'étais pas vierge.
  • Importante dépression à 16 ans.
  • Difficulté à supporter  d'être enceinte : étalage de mon intimité, peur d'accoucher…
  • Appréhension de prendre mon bébé dans mes bras, le câliner.
  • Incapacité à fixer des limites à mon fils sans l'aide d'un psy.
  • Incapacité à créer des liens amoureux pérennes : j'ai refusé de me marier ou de co habiter et je vis seule.
  • Professionnellement, difficultés avec le pouvoir et réactions impulsives.
  • Des difficultés à être dans la réalité et à être "adulte" : dès que j'ai peur ou que c'est difficile, je m'évade, oublie, met à distance et ne gère donc pas.
  • L'envie de mourir et d'abandonner permanente.
  • Difficultés à sentir et ressentir : tout est mis à distance
  • Sentiment d'être un imposteur.

 Depuis ma sortie du déni, je suis devenue une victime consciente et d'autres conséquences sont arrivées ou revenues :

  • Les addictions : la boulimie, j'ai grossi de 30 kg. Je ne me supporte pas et m'isole ;  les dépenses d'argent compulsives qui me mettent en danger.
  • La revictimisation dans ma vie professionnelle : des femmes employeurs "toxiques"
  • L'incapacité à réaliser un projet professionnel par manque de concentration, mon esprit est ailleurs.
  • Un sentiment d'insécurité et des angoisses en permanence, dès le matin au quotidien.
  • Le contact avec la réalité du quotidien encore plus difficile.
  • Des difficultés à prendre soin de moi, à me soigner.
  • Somatisation de mon mal-être : sérieuse fracture d'un bras qui débute sa réparation après 6 mois d'immobilisation, sinusites, infections urinaires à répétition…
  • Flashbacks permanents vers l'enfance, des odeurs, des images.
  • Colère inexprimable et inexprimée.
  • La culpabilité de n'avoir pas sauvé ma cousine.

La révélation

A la sortie du déni, toute action en justice était prescrite. J'ai alors dénoncé les agressions de mon oncle par lettres recommandées adressées à mes parents, à mes oncles et tantes et aux enfants de mon oncle. Mes parents ont décidé de couper toute relation avec mon agresseur, les autres membres de la famille n'ont pas tenu compte du courrier sauf la femme de mon oncle et une autre tante qui m'ont insultée…j'ai informé la fille de mon oncle que sa propre fille avait, je pense, subi elle aussi des agressions, elle n'en a pas tenu compte. Elle aussi m'a dit que je devrais avoir honte de faire de telles révélations!

Je suis sortie du déni pour les agressions de ma grand-mère, il y a peu de temps, en fait après le décès de ma cousine MH. Je ne l'ai révélé qu'à ma mère.

Le suicide

La mort a toujours été omniprésente en moi.
Tout petit, la confrontation avec l’inceste m’a obligé à trouver un réconfort ailleurs.
La sensation de vide, d’impuissance, de froid, de silence, de pesanteur, et la volonté de m’exclure d’un monde qui n’était pas pour moi sont arrivées à l’âge de 6 ans.
Autour, il y avait aussi ma famille qui participait à la programmation de ces actes.
Les responsable sont eux, et l’inceste.
Côté famille... Je me souviens d’une otite qui n’avait jamais été soignée. Ma mère ne s’occupait pas de moi à cet âge.
La douleur dans mes oreilles étaient insupportable, cuisante. Ma mère parlait de mensonge. Je me tapais la tête contre les murs pour dégager l’effet de ce calvaire. Je mettais ma tête sous l’eau. Alors j’ai “appris” à “souffler” par les oreilles tous les soirs. Jusqu’au jour où les bouchons sont partis... C’est grâce à cela que j’ai soigné mon otite. Aujourd’hui j’en garde les stigmates...
Puis un phimosis tardif, trop même, les brûlures sur mon pénis, horrible. Sans parler de la pince enfoncé dans l' urètre car un “oubli de pansements...”. Douleur qui aura mis des années à vraiment disparaître.
Tout au long de ma vie, une partie de moi rêvait en cachette du néant, de l’après, du désir absolu d’être purifié par la mort.
Puis, j’ai commencé par couper des fils électriques. A les brancher à l' électricité puis à les tenir par les bouts dénudés. Puis je m’amusais à retenir ma respiration, au maximum. Je me regardais dans le miroir sans respirer et sentir l’étourdissement... Peut-être aussi pour me rapprocher d’une réalité, de la mienne.
J’habitais à la campagne. Je vouais un véritable culte autour de la mort. Je ramassais les oiseaux, rongeurs et leurs faisaient une petite sépulture dans lesquels je mettais quelques “gris-gris” pour les réconforter. Je creusais des petites tombes... Je pleurais. Seul. Un jour, je me souviens d’avoir été malade à l’idée de manger une souris en pâte d’amande... J’étais souvent malade à l’époque. Je vomissais.
Dès que je le pouvais, je regardais des films d’horreurs. Je me souviens de ma belle mère qui s’amusait à me laisser les regarder... Feuilleter le Larousse Médical illustré...
Peu à peu les prises de risques devenaient plus calculées. J’aimais me confronter aux dangers, réels ou pas. Plus j’avançais dans l’âge et moins je comprenais ce corps qui réclamait des pratiques curieuses.
En vacances, à 10/12 ans, je me levais parfois tôt le matin. J’ai toujours vénéré l’aurore. Je me baladais nu dans le jardin de mes grands-parents. Tout en regardant sur quelle branche d’olivier je pourrais me pendre. Je me plaisais à l’idée de me réincarner dans la peau d’un autre animal.
Une bête puissante, un loup ou un loup-garou. J’ai toujours été divisé en deux. Alors, pourquoi pas, mi-homme mi-bête, en dichotomie...
C’est à l’adolescence que tout se précipita. L’inceste influait dans mon sang, mon cœur et mon esprit de manière intense. Le dérèglement de la machine, la perte totale de contrôle s’amplifiait. L’envie de mourir aussi. Ne pas comprendre qui l’on est. Ne pas savoir pourquoi on est ainsi.
Trop de pourquoi ? Trop de comment ? Et pas assez d’amour et ne pas être entendu me définissait dans une stratégie de suicide. Pas de choix, aucun... j’étais bridé de tous les côtés.
Mon agresseur m’a appris à boire très tôt. Alors j’ai bu, beaucoup trop, jusqu’à la folie... La petite mort, à petit feu, la destruction.
Je ne supportais pas les échecs. Plus je les sentais arriver plus je m’enfonçais et plus je désespérais.
La solution, la corde. A 17 ans , je me suis pendu avec un câble électrique accroché à mon armoire. En basculant de ma chaise, le fil tendu je ne cherchais même pas à me débattre.
Sauf que le plastique ça glisse. Le nœud n’a pas tenu. Je suis tombé. Resté étourdit pendant ?
Je gardai les traces au coup pendant quelques jours. Mon père le vit et ? Et bien rien.
Mal-être. L’inceste, la vision du pénis de mon agresseur, me forcer à lui faire une fellation. Me rabaisser, la souffrance, me piétiner, n’être qu’un objet. Juste bon à rien. Suis je homosexuel ? Bisexuel ? Hétéro ? Qui suis je ?! Suis je utile ? Où vais je ?
A la sortie de l’armée, autre tentative, trop seul, dans le noir, mon père cherche à me joindre. Je reste prostré chez moi. Je ne veux pas le voir. La prostitution. J’y pense. Je commence. Je ne le supporte pas. mais je fais : pourquoi !?
J’avale tous les médicaments de ma mère. Je suis chez elle. Je dors longtemps... Longtemps.
La boisson, l’élixir qui a toujours entretenu le lien entre moi, la mort, et ma famille. Autre tentative de suicide, au couteau, un autre échec. J’étais en prépa pour être Officier de Marine Marchande. Mon père m’a coupé les crédits en moitié d’année... Terrible défaite. Terrible déception. Je bois. Je pleure.
Pendant des jours et des jours replié sur moi-même et penser enfin à mourir.
Je pris un couteau de plongée et commençai à me limer les bras. Deux amies de l’époque m’en empêchèrent. Mourir. Un de mes passe-temps favoris.
Un événement arriva dans la famille. Ma grand-mère vendit le seul havre de paix que je connaissais.
Ultime dépression. Ne plus me respecter du tout. Choisir l’abandon de soi, boire, boire... Prostitution. Oublier le passé.
Mais le désir de mort est toujours omniprésent. Quoi que je fasse : la vaisselle, devant l’écran d’ordinateur. Je reste constamment déconnecté, déconcerté de ce que je suis.
Imprégné par mes pensées lugubres et pourtant si apaisantes. La mort a été longtemps mon amie.
Des victimes d’inceste ont réussi à se donner la mort. Emportant avec elles l’horreur d’un père, d’une mère, d’un frère qui les violaient. Vivre avec l’insupportable est une torture continuelle. C’est une constante. Puis, il y a la sortie du déni.

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