Devenir parent

Difficultés d'être mère

J’ai 34 ans, j’ai été victime de l’inceste de 5 à 12 ans. Je suis maman de deux petits garçons qui ont 9 et 13 ans. J’ai été enceinte pour la première fois à 19 ans. Sortant de la rue et de la toxicomanie et étant en reconstruction, j’ai été effrayée par cette grossesse inattendue…je ne me sentais pas capable de m’occuper de qui que ce soit, ni de moi-même et encore moins d’un enfant. Mais grâce au soutien de proches, je l’ai gardé, j’en suis aujourd’hui très heureuse.

Les premiers examens gynécologiques ont été un calvaire : me déshabiller, enlever ma culotte, m’allonger jambes écartées devant un médecin qui trifouillais à l’intérieur de moi et ne me parlais pas…j’avais envie de pleurer, mais je ne disais rien.

J’étais partagée : heureuse d’attendre ce bébé car j’avais énormément d’amour à donner, moi qui n’en n’avais jamais reçu de ma famille ; et voyant mon corps changer j’avais peur, je ne me sentais pas femme mais enfant…les petits coups de pieds du bébé, je les vivais comme des coups de poings…je ne supportais plus rien, plus le monde extérieur, plus les autres. J’ai été mise en arrêt maladie à cinq mois de grossesse sans que l’on me propose de suivi psychologique…seule avec moi et ce bébé qui grandissait en moi…L’accouchement a ensuite été un enfer, quatorze heures de douleur, un magnifique bébé mais que je ne pouvais ni toucher, ni allaiter malgré la lourde insistance du service hospitalier.

Concernant ma seconde grossesse, quatre ans plus tard, j’ai mieux vécu les changements de mon corps mais me suis arrangée pour prendre le moins de poids possible. J’ai eu la sensation que l’accouchement se passait bien mais les médecins ont craint un arrêt cardiaque et j’ai fais un hématome rétroplacentaire. La suite fut plus rude, mon bébé pleurait beaucoup mais psychologiquement, je ne supportais pas ses pleurs, ce la me faisait mal, me mettait dans une grande détresse. Aujourd’hui encore, je ne supporte pas les pleurs d’un enfant, je panique vite. 

Ce que j’aurais aimé et qui m’aurait été salutaire, je pense, c’est avoir une écoute, un regard, une empathie que je n’ai trouvé, à l’époque chez aucun médecin. Je suis restée à pleurer dans ma chambre en maternité dans une grande indifférence et j’espère qu’aujourd’hui, les choses évolueront petit à petit.

Témoignage de Caroline

J'ai très tôt eu le désir d'avoir des enfants. Avoir un petit être que je pourrais aimer, et un petit être qui m'aimerais juste parce que je suis sa maman. J'ai rencontré mon mari en 2000, nous nous sommes mis en ménage très vite. Nous avons désiré des enfants très vite. Six mois après notre rencontre, nous décidions que j'arrête la pilule. Mais l'attente à été long. Bien avant que j'arrête la pilule je présentais ma crainte à mon mari. Je pressentais que le fruit de notre amour ne viendrait pas aussi facilement que les autres couples de notre entourage. Au bout d'un an, nous avons commencé à nous inquiéter. Nous avons consulté, nous avons entrepris des traitements multiples..... La grossesse je crois c'est bien passé. Je n'ai pas eu de crainte spéciale. Je n'ai pas eu le temps de craindre....Le bébé ne grandissait pas bien dans mon ventre, j'avais attrapé un virus, et ce virus était au centre de ma grossesse. Enceinte je suis heureuse, je me sens bien, je ne pense a rien d'autre qu'a ce bébé qui pousse en moi. Je ne vis pas que pour moi, mais je vis pour deux. Et ma première fille arriva en 2004. Sa naissance a bouleversé ma vie. Comme beaucoup de maman je présume, mais moi c'était autre chose. Des craintes extrêmes me sont apparues. J'étais encore dans le déni, je ne compris pas vraiment se qu'il se passait en moi. Mes troubles touchaient seulement l'approche des autres envers mon bébé. Je refusais catégoriquement que qui que ce soit touche mon bébé. Je refusais qu'on la prenne dans les bras. Juste moi et mon mari après grande négociation. Je ne lâchais plus ce joli bébé que j'aimais tant. Je ressentais une douleur à chaque fois que quelqu'un prenais mon enfant dans les bras. Je souffrais tellement qu'un mois après on décide de déménager. Nous vivions à Toulouse, et nous sommes repartie en région parisienne. J'avais besoin de m'isoler loin de la famille de mon mari qui était à mon goût beaucoup trop étouffante et me rapprocher de ma mère. J'ai allaitée ma fille pendant un an. La petite à dormit avec nous dés son premier jour. J'avais besoin de la sentir prés de moi, je n'étais rassurée que si elle était auprès de moi. J'ai créer avec ma fille une relation très fusionnelle, beaucoup trop. Mais j'avais besoin de cette relation. Je croyais la protéger mais je ne savais pas de quoi je voulais la protéger. J'ai aussi rencontré un autre problème. Je confonds l'autorité et l'abus d'autorité. Ce qui n'est pas un mince souci dans l'éducation d'un enfant. Je ne supportais pas de la frustrer. De nombreuses disputes avec mon mari sur ce sujet, m’ont fait deviner que quelque chose ne collait pas. Je suis sorti du déni dans la deuxième année de  ma fille. Cela à été un moment de sa vie qui je pense a été la pire autant pour elle que pour nous. J'ai fait de nombreuses tentatives de suicide dont une qui m'a valu trois semaines d'hospitalisations. Aujourd'hui elle a 5ans et dors toujours avec nous. J'ai toujours été et je suis toujours son doudou vivant. Elle est en thérapie depuis deux ans. C'est une petite fille intelligente, qui a la parole facile. Suite à mon problème d'autorité elle avait de graves troubles du comportement. On ne savait plus qui était la mère et qui était l'enfant. Ma fille prenait mon rôle en voulant me protéger de toutes mes souffrances. Je disais toujours que je ne métrais jamais ma fille à l'école, heureusement ma thérapie m'a fait avancer la dessus aussi. Les deux première années de sa scolarité à été une catastrophe, elle refusait d'aller à l’école, elle ne s'imaginait pas me laisser seule et moi croyant que la meilleur chose était de la garder avec moi. Cette année l'école c'est passé comme nous le rêvions. Que du bonheur. Tous ça est derrière nous. Le seul bémol actuellement avec ma petite puce c'est qu'elle dort toujours avec moi. Elle a toujours de grosses angoisses de séparation, mais elle avance en même temps que moi j'avance.

Pour ma deuxième fille c'est moi qui la voulais plus que tout. En revenant de mon hospitalisation, après ce choc terrible, j'eus besoin de tomber enceinte, nous avons donc fait une insémination, même si le papa n'était pas très pour cette grossesse. Il pensait que c'était bien trop tôt. Mais moi je le voulais plus que tout. L'insémination à mon grand bonheur à fonctionner dés le premier coup. Je suis tombé enceinte avec mes 44 kg. J'ai vécu ma grossesse comme la première, à me concentrer seulement sur ce petit bout qui poussait en moi. Je savais que j'allais encore avoir une fille, je le pressentais. Pour cette grossesse, l'anorexie était bien présente, je n'ai pris que 4kg. Au fil de ma grossesse j'avançais avec ma thérapie pour ne pas créer une deuxième relation trop fusionnelle. Pour la grossesse j'avais arrêté tout traitement et la cigarette. Je n'avais qu'un tout petit anxiolytique en cas de grosse crise d'angoisse. Ma deuxième fille est née en décembre 2006. Un vrai bonheur que je ne saurais expliqué. Je n'ai pas pu allaiter cette petite puce qui à été très malade à huit jours et qui c'est fait hospitalisé deux semaines. Lors de son hospitalisation, je suis resté à son chevet 24h sur 24. Je refusais de sortir et de la laisser seule aux mains de n'importe qui. J'ai très mal vécu de ne pas pouvoir allaiter ce bébé. C'était mon rôle de maman et je culpabilisais beaucoup. Ma deuxième fille a dormis tout de suite dans son lit. Jusqu'à ces dix huit mois ça se passait très bien. Mais un jour, à la fête des mères de 2008 ma grande décide de me faire un beau cadeau et réussi a dormir seule dans son lit. J'étais super fière même si moi je le vivais mal. Les filles donc dormaient dans la même chambre. La plus petite supportais mal « l'intrusion de sa sœur » dans la chambre. Elle nous fi un mois de nuit blanche jusqu'à ce que je craque et que je la prenne à son tour dans notre lit. Mais la grande n'avais pas dit son dernier mot et voyant sa sœur dormir avec nous, nous avons fini à quatre dans le lit. Actuellement les filles dorment toujours avec nous. Bien sur je sais que ce n'est pas une solution et je souhaite de tout mon cœur que chacun d'entre nous trouve sa place. Être Maman après l'inceste n'est pas une mince affaire. C'est difficile d'éduquer un enfant quand moi même je n'ai pas eu d'enfance. Je ne veux que leur bonheur, ça c'est une chose. Mais ce que j'ai appris c'est que le bonheur n'est pas en leur faisant que plaisir. Ils ont besoins de limites, mais les limites me font peur. Et surtout mes limites sont perturbées. Dans mon enfance les limites n'étaient pas mises à bon escient. Je suis prise de beaucoup de culpabilité dans ce parcourt de maman. J'ai une thérapie qui m'aide à poser des limites, les bonnes limites où il faut. Je suis prise d'angoisse au moindre bonhomme qui rôde autour de l'école, de peur qu'on m'enlève ma fille. Je suis en permanence obliger de prendre sur moi pour pouvoir sortir mes enfants, que ce soit dans le parc en bas de chez moi, ou que je doive prendre les transport en communs.

Aujourd'hui nous voulons un troisième enfant, ça fait un an que nous faisons des traitements. Déjà trois inséminations à ce jour sans succès. La dernière à fonctionné mais malheureusement, le bébé n'a pas tenu. Je ne pèse que 41 kg, j'ai beaucoup de trouble, des troubles de l'humeur et de comportement. Mais j'apprends petit à petit a vivre avec, en fonction de ma famille. Mes enfants sont ma force ! Que serais je sans leur amour? Sans ces petits êtres que j'aime de tout mon cœur ? Ce que je sais c'est que leur existence m'a fait prendre conscience de beaucoup de chose et que grâce à cela j'avance à grand pas.

Maman zorro

D'abord je me suis dit jamais d'enfant! Pas dans ce monde et je ne suis pas capable. Et puis, j'ai rencontré le père de mon fils et pour lui j'ai accepté d'avoir un enfant. Il y a 24 ans.

J'ai rêvé de cet enfant mais lorsque j'ai su que j'étais enceinte, j'ai paniqué et je me suis scarifié. J'étais effondrée parce que tout le monde pouvait voir que j'avais « péché » (j'avais 26 ans et je vivais avec le père de mon fils!) Je voulais cet enfant mais je ne voulais pas être enceinte, je ne voulais pas que mon intimité soit affichée! Bien sûr, j'ai eu des nausées et des vomissements pendant toute ma grossesse, un poids sur l'estomac. Je savais que j'étais enceinte mais je ne le comprenais et ne le ressentais pas. Je n'ai pas senti mon bébé bouger, je l'ai ignoré alors que son père lui parlait. J'ai grossi mais n'ai pratiquement pas pris de ventre. Physiquement, ma grossesse était plutôt très discrète.(je crois bien comprendre le déni de grossesse)

Dans un article, des femmes déclaraient qu'avoir un enfant c'était une renaissance, une seconde chance, j'ai alors cru que j'allais accoucher de moi ! J'allais accoucher d'un monstre! Il ne fallait pas qu'il naisse! Il ne fallait pas qu'il me ressemble! J'ai repris une psychothérapie. Heureusement,  mon compagnon était très présent, ma gynécologue très compréhensive et attentive (je ne supportais pas qu'un ou qu'une inconnue me touche même s'il s'agissait d'un médecin) Antoine naît et d'emblée, il ressemble à son père !

 Avant tout, le protéger! Il faut que mon enfant soit rassuré et aimé pour savoir. Il faut qu'il sache ce qui est bon pour lui et qu'il sache dire non au reste.

Je voudrais l'aimer mais je ne sens rien, m'occuper de lui m'inquiète et m'ennuie. Je déclare que l'instinct maternel n'existe pas!! Je ne suis pas capable d'être une bonne mère, je le mets à distance. Je favorise les relations père/fils. Je refuse de l'allaiter, trop de promiscuité, c'est son père qui s'occupe de lui. Si je dois m'en charger, il faut que ce soit parfait, comme dans les livres! Comme je ne sens pas comment faire, il faut que je fasse parfaitement comme c'est écrit! Être mère après l'inceste c'est ne pas savoir et ne pas sentir ou ressentir. Entre 3 et 6 mois j'ai envisagé de soigner mon fils par des lavements  mais avant de passer à l'acte, j'ai demandé conseil à son pédiatre qui m'a expliqué que rien ne justifiait le recours à ce traitement. Heureusement, j'ai douté et le médecin a pu me dire « la n orme ».

Son père est parti lorsqu'il a eu 3 ans. J'ai alors décidé de faire de mon mieux pour être une bonne mère. Je savais que je ne le prenais pas dans mes bras, sauf à sa demande. Je savais que j'étais une mère « robot » ou « livresque ». J'ai mis en place les règles énoncées dans les livres puisque je ne sentais pas les limites. J'ai aussi demandé l'aide d'un pédopsychiatre pour valider ces règles.

J'ai surtout voulu lui apprendre à dire NON et à se faire confiance envers et contre tous! En fait, je lui ai surtout transmis ma défiance et ma haine du pouvoir. Aujourd'hui, mon fils a 23 ans, c'est un jeune homme « à vif » qui contourne les règles et l'autorité dès qu'il le peut sans toutefois, prendre trop de risques. Quant à moi, je suis toujours une maman « Zorro », prête à tout pour le protéger du désespoir.

La phobie des enfants

A titre personnel j'ai toujours eu la phobie des enfants. J'ai toujours été très mal à l'aise.
Ça a commencé avec ma petite soeur. Je n'osais pas l'approcher, ni la toucher.
A l'époque je ne comprenais pas pourquoi. Je pensais que c'était dû à sa fragilité, sa petitesse. Je me méfiais de son comportement. Je pensais que le mien vis à vis d'elle était normal.
A mon adolescence, ce fut encore pire. J'évitais littéralement tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un enfant. Par exemple, croiser un enfant dans la rue me donnait un sentiment de peur. J'avais un peu l'impression qu'ils allaient faire comme les chats. Pour ceux et celles qui ne savent pas les chats vont souvent en premier vers ceux qui ne les aiment pas.
Quant au fait d'avoir un enfant, la réponse était évidente : non.
Mes amis trouvaient la chose rigolote. Moi, je la trouvais pénible. Je savais qu'il y avait cette "histoire" de sexe avec quelqu'un de ma famille. Je savais que c'était très mal. Et même si à l'époque je n'attribuais pas le mot INCESTE à cette histoire. J'avais la certitude que la cause venait de là.
Mon analyse est claire. Il fallait à tout prix que je préserve tous les enfants de l'humain masculin que je représente. La peur d'être l'agresseur à son tour et faire vivre les mêmes choses que j'ai vécu.
Un peu comme si j'avais été infecté de manière profonde et à vie de ce mal. Peur d'être un docteur jekyll et mister hyde.
Puis il y a deux an. Un de mes meilleurs amis me proposa d'être Parrain... Aïe !!! Grosse crispation !!!! Alerte !
Obligé d'être naturel. De sourire, de prendre le petit dans les bras. Mon amie qui connaît mon affection pour les enfants était tordue de rire. Pas moi. J'étais mort de trouille, hyper mal à l'aise...
Je suis sorti du déni d'inceste depuis 2 mois. Beaucoup de choses ont changé. Ma relation avec les enfants aussi, et j'en suis tellement heureux.
Je ne vais pas jusqu'à dire que j'en veux un mais je les apprécie, simplement, naturellement. Qu'il existe des enfants qui sont élevés dans l'amour du père et de la mère. Et qu'ils ne connaîtront pas les horreurs de l'inceste. Cela faisait 28 ans que j'avais peur d'eux. C'est que du bonheur. Et je suis très heureux de pouvoir enfin être un parrain sympa pour mon filleul.

Devenir père

"Lorsque j’ai subi l’inceste à 6 ans et demi par mon frère P. je l’ai intégré petit à petit comme un accident. Ce n’était pas normal mais accidentel . Tout tenait en une seule phrase qui dictera ma conduite toute ma vie : Il s’était laissé aller à ses pulsions. Il y avait un secret entre nous. Je ne lui en voulais pas mais je me devais d’éviter de rendre les choses possibles pour moi-même. J’ai appris à vivre avec ce secret je l’ai apprivoisé. A l’adolescence, à 15 ans, j’ai décidé de ne plus obéir à personne, ni père, ni prof, ni institution. Je ne devais espérer et croire qu’en moi-même, qu’en ma raison. L’abstraction mathématique était mon horizon intellectuel. Ma famille était catholique, moi aussi profondément. Je devais ne plus croire en Dieu. J’ai construit patiemment mon athéisme contre mon éducation. J’ai voulu bannir de mon esprit tout ce qui n’étais pas rationnel . Puisque Dieu n’avait pas empêché mon frère d’agir ainsi, pour moi-même, je devais lui échappé. Seule ma vigilance pouvait me protéger de toutes dérives. J’ai refusé aussi le service militaire, l’institution militaire, parce qu’elle était totalitaire et donc constituer une atteinte à ma liberté, liberté d’agir mais aussi de penser. Je n’ai pas mangé jusqu’à ce que l’armée me libère. Je me suis fixé, dés mes 15 ans, mes propres règles, très strictes. Je n’ai jamais connu l’ivresse, pas d’alcool, pas de drogue, pas de tabac, pas de jeu de hasard… L’addiction, les plaisirs artificiels étaient mon ennemi. Je voulais et devais à tout moment me maitriser. Je ne devais pas céder à mes pulsions comme mon frère. Je confondais maîtrise des émotions avec maîtrise d’hypothétiques pulsions. Au cours de mes études j’ai refusé tout ce qui touchait à la psychologie de peur de voir se réveiller, se révéler le monstre que j’aurais pu avoir en moi. Je ne le percevais pas alors autant ne pas le réveiller. Je considérais que ce que j’avais vécu n’était pas normal et je ne voulais pas le reproduire. Peut-être devais je aussi éviter de me reproduire. Pourquoi courir le risque de la transmission. Si mes gènes étaient pervers, mon frère après tout a le même sang que moi, autant qu’ils ne soient pas transmis . Je voulais tout de même fonder une famille avec mon épouse. Lorsqu’il s’est avéré que nous avions des difficultés à avoir des enfants cela ne m’a pas du tout posé de problème. Je suis allé jusqu’au bout de la démarche de procréation assistée pour mon épouse. Mais lorsque la solution de l’adoption s’est imposée, j’étais très heureux. C’était pour moi une évidence.
Jeune parent, je ne me suis pas rendu compte de mes difficultés à comprendre les enfants, leurs besoins d’affection de protection de présence. J’avais surtout peur de leur faire du mal avant de rechercher à leur faire du bien. J’ai toujours eu peur de les toucher, leur donner le bain, les déshabiller. Je n’ai pu me libérer partiellement de cette peur que quand mes 2 enfants ont atteint la puberté. Et peut-être quand j’ai fait une psychothérapie. Je trouvais toujours une bonne raison pour justifier mes peurs irrationnelles. Lorsque je me rendais compte que je n’avais pas de pulsion envers mon fils, je me disais : « Il est trop petit ou bien c’est parce que c’est un garçon » Lorsqu’il a atteint la puberté je me suis dit «Lui est sauvé ». Mais j’avais laissé s’installer une distance entre lui et moi difficile à surmonter. Je me disais aussi « Attention pour ma fille » elle grandit, je dois faire attention à ne pas être attiré par elle. Elle est belle, son handicap la rend vulnérable. C’est le combat de ma vie. Il est très difficile de combattre un mal que l’on croit en soi mais qui n’apparaît jamais. J’ai combattu, je combats une ombre que je croyais être la mienne « ma part d’ombre » alors que c’était l’ombre de mon frère. Le psychotérapeute m’a dit « c’est mieux d’avoir agi comme cela que le contraire » donc d’avoir reproduis, mais les victimes masculines d’inceste n’aurait-elle d’autres choix que la reproduction ou à l’opposé la honte, la frustration et la peur d’eux-mêmes. Comment échapper à ce dilemme ? Exprimer ses peurs ? Qui oserait dire j’ai peur d’être pédophile, aidez moi ? Pourquoi prendre le risque d’être stigmatiser avant d’avoir eu la moindre pulsion ? On a d’autant plus peur de la stigmatisation qu’on exècre cette catégorie de criminel. J’ai suivi méticuleusement, chirurgicalement, les affaires Dutroux, Emile Louis, Fourniret… J’ai pleuré en visitant la cave de dutroux, les reconstitutions des meurtres de Fourniret. Pourtant je restais scotché au fauteuil. Où est leur part d’humanité ? Est-ce que j’avais en moi une once de Fourniret ? C’est une suite d’accidents de la vie qui me permettent d’être là aujourd’hui pour vous conter ma petite histoire. Pour moi la seule issue possible à des pulsions qui n’auraient pas été hypothétiques mais réelles aurait été la disparition. Ma défiance envers les institutions est trop grande pour que je puisse me soumettre à la justice des hommes. Mais rassurez vous, je n’ai pas reproduis, je n’ai donc plus de raison de préparer ma fin prématurée comme je l’ai fait 2 ou 3 fois par semaine depuis la puberté. Depuis que j’ai accepté l’idée que je n’étais sans doute pas pédophile sans la moindre pulsion je n’élabore plus le scénario de mon suicide. Je ne crois pas que cela soit une coïncidence. Si j’avais un message à faire passer à ceux que ce sujet interpelle de part leur métier, leur fonction, ou la proximité avec une victime : Répétez ce message :Non la récidive n’est pas inéluctable.si les coupables ont bien souvent été victime l’inverse n’est pas vrai. La grande majorité des victimes ne récidive pas. Le refus de récidiver qui bien sûr est sain de la part des victimes ne doit pas se transformer comme je l’ai fait en mur d’inhibition. Donc les victimes doivent-être accompagnées, soutenues, une politique de repérage précoce doit être encouragée. Il faut tordre le cou à une idée extravagante qui flotte comme quoi s’occuper des victimes c’est le début de la dictature ! On peut s’occuper des victimes sans assouvir un esprit de vengeance, on peut avoir le souci de lutter contre la récidive sans vouloir le lynchage. On peut faire preuve de compassion sans être dans la dictature de l’émotion. Je me suis dit toute ma vie : Si tu veux survivre, évites de rêver, tu n’es pas doué pour le bonheur. Le bonheur n’est pas un droit. Mais serait-il scandaleux que des enfants, victimes à un moment donné de leur vie, aient le droit de construire leur bonheur au lieu de construire des barrières pour ne pas faire du mal aux autres. Pour ces victimes anonymes, hantées par leur fantômes, perclus de culpabilité et de honte, je me dois, vous vous devez de sortir ce thème de l’inceste de la fange des faits divers sordides pour en faire un thème sérieux qui doit être traité pour améliorer le « vivre ensemble » d’une société adulte.."

Est-ce mon inconscient qui me disait "non, tu n'es pas prête"?

Jeune adulte, je savais qu'un jour j'aurais des enfants mais je ne savais pas quand. Je ne voulais pas en avoir. Mon homme me demandait encore et encore et moi non.

Pourtant, je savais au fond de moi que j'en voulais mais quelque chose me disait non. En réalité, j'avais oublié l'inceste et j'ai accepté d'avoir un enfant quand les souvenirs sont revenus et que j'ai coupé les ponts avec mon père. Rien de tout cela n'était pensé ni réfléchi. Est-ce l'inconscient qui me disait tu n'es pas prête? Je ne sais pas. Bien entendu aujourd'hui j'ai peur de la reproduction même si depus la naissance de mon premier les peurs de reproduction n'ont rien à voir avec ce qu'elles étaient avant et pendant la grossesse. Je ne me sens pas à la hauteur, j'ai peur de transmettre mes angoisses et je ne sais pas pourquoi mais j'ai toujours l'impression qu'ils ont un problème grave de santé et ça c'est terriblement difficile à vivre.

Pour parler du positif, les enfants vous donnent un énorme souffle de vie. On a envie de les choyer, de les chérir, de les aimer inconditionnellement et en même temps, j'essaie de ne pas les étouffer, de les laisser respirer, vivre sans leur maman toujours sur le dos. Ils sont petits encore et j'essaie donc de leur donner cette affection, cette tendresse, cette écoute qui m'ont tant manquées enfant. Avec le temps, ils auront besoin de plus de distance sans doute et j'espère que je saurai respecter ce besoin. Et comme personne n'est parfait, je fais sûrement beaucoup d'erreurs, en espérant qu'elles ne seront pas irréversibles. La plupart du temps, je ne pense pas à mon passé quand je suis avec mes enfants mais parfois, j'ai des flashs ou des pensées difficiles qui heureusement passent vite.

Je pense que lorsqu'on est conscient de ce qui nous est arrivé, on est attentif à ses enfants en général. Ceux qui liront ce témoignage connaissent de près ou de loin l'inceste et, parent ou non, être conscient et savoir permet de se poser des questions et donc d'essayer de trouver des réponses.

Je n'arrivais pas à m'imaginer avoir une fille

J'avais hâte de pouvoir être maman avant mon premier enfant mais j'avoue que l'idée de la conception me faisait un peu peur, puis, j'ai eu beaucoup de difficultés à tomber enceinte...

Pendant la grossesse, j'étais toujours abusée, mais ça n'a pas entraîné de graves conséquences.

A l'accouchement, ce fût long et  très douloureux ... ça a duré 18h. La crainte principale était, pendant la grossesse, sur le sexe de l'enfant. Je n'arrivais pas à m'imaginer avoir une fille, de peur qu'elle subisse des viols. Je ne voulais en aucun cas une fille. Quand mon fils est né, c'était vraiment un instant magique...

De retour chez moi, j'avais très peur de le laver... j'avais peur que chaque changement de couches ou chaque toilette soit un geste incestueux. Je n'ai jamais pu décalotter mon fils, et ce, même avec le soutien du pédiatre. J'ai entretenu une relation très fusionnelle avec mon fils. Je m'était toujours promis qu'il ne lui arriverait rien, alors, j'ai toujours sélectionné les personnes qui pouvaient l'approcher.

Ca n'a pas empêché qu'il soit abusé par son baby-sitter ( un jeune que je connaissais depuis plusieurs années) quand il avait trois ans et demi. Je ne m'en suis jamais remise! Je m'en suis terriblement voulu de ce qu'il a subit! J'ai tout de suite agit au niveau de la gendarmerie et pour son suivi psy. J'ai tout assumé seule, sans l'aide du papa.

Ma famille n'a pas vraiment de place dans ma vie. Je suis partie pour les éviter le plus possible, et je préfère être seule avec mon enfant, ma vie a été détruite quand j'ai été enfant et je ne veux pas que mes enfants soient détruits et connaissent toutes les horreurs que j'ai vécu.

La panique !

Il y a quelques années, j'ai appris par hasard que j'étais enceinte. J'aimais le papa de tout mon coeur, mais j'ai toujours douté de ma capacité à être “aimable”. J'ai paniqué, car j' avais déjà deux enfants d’un précédent mariage. J'avais mal vécu le fait d’être mère deux fois, alors il me paraissait impossible de donner la vie à nouveau : ça allait me tuer ! Tout mon corps n’était que panique, je pleurais et mon compagnon s’est laissé convaincre par l’IVG… À l’hôpital, on m'a expliqué que le mieux était d’envisager une IVG par voie médicamenteuse : les premiers comprimés seraient pris sur place et les derniers au domicile, ce qui m’a confortée dans le fait que c’était moi qui assassinait mon bébé. Je pleurais à en mourir, comme on pleure un être que l’on vient de perdre.
Quelques semaines après, j'ai fait une hémorragie terrible et je me suis retrouvée aux urgences où on m'a expliqué qu’il y avait “des restes”. Je me suis dit que “ce bébé ne voulait pas mourir, qu’il s’accrochait désespérément à la vie”. On m’a endormie pour le faire partir définitivement. Je pleurais beaucoup à l’hôpital, mais on ne m'a proposé aucun soutien…je ne m’en suis jamais remise, je me suis vue comme un monstre. Je ne suis que colère, colère contre moi-même qui a agi sur le coup de la peur et de la panique, colère contre les professionnels qui auraient dû voir que je ne voulais pas vraiment avorter, colère contre mon ami qui aurait dû trouver les mots pour me rassurer.

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