Mythes, idées reçues

Les enfants

  • Certains enfants ont un comportement séduisant et encouragent les activités sexuelles : Le comportement sexuel chez un enfant indique qu’il a été victime d’une agression sexuelle. C’est une conséquence de l’agression sexuelle et non la cause. Les adultes qui prétendent qu’un enfant les a «séduits» ont recours à une excuse passant sous silence le fait que les adultes sont plus grands, plus forts et disposent de plus d’informations, de pouvoir et d’autorité que les enfants. Ils opposent l’idée ridicule que des enfants puissent forcer des adultes à faire quelque chose contre leur gré.
  •       L’enfant n’a qu’à dire «non» et raconter ce qui s’est passé à quelqu’un. S’il ne fait pas, cela veut dire qu’il a consenti à l’agression : L’enfant n’est jamais responsable de l’agression. Les agresseurs menacent souvent («si tu en parles, je ferai du mal à ta mère») et culpabilisent l’enfant («si tu en parles, ta mère divorcera de moi et ce sera de ta faute») pour forcer l’enfant à garder le silence, mais le silence ne veut pas dire le consentement. L’autre raison, c’est que de nombreux autres enfants parlent de l’agression mais n’étant pas crus, ils sont tournés en ridicule et punis.
  • Les enfants mentent concernant l’agression sexuelle pour obtenir de l’attention ou se venger : La plupart des enfants ne disent jamais rien à personne. L’idée que les enfants mentent ou imaginent l’agression sexuelle protège les agresseurs depuis de nombreuses décennies.
  • Les enfants sont forcés ou manipulés à mentir en matière d’agression sexuelle par une mère qui désire se venger : Quand les enfants parlent d’agression sexuelle, ils ne parlent pas seulement avec des mots. Leurs émotions, leurs dessins, leurs jeux et leurs postures, tout cela raconte leur histoire. Les enfants ne peuvent pas mentir sur ce plan. Les mères sont souvent accusées de forcer leur enfant à mentir et révéler une agression sexuelle si la révélation fait partie de la bataille pour la garde de l’enfant. La réalité, c’est que la raison de la bataille pour la garde de l’enfant c’est généralement que l’enfant a révélé une agression et que la mère essaie de protéger l’enfant.
  • L’enfant consentant et/ou éprouvant du plaisir : ce mythe vise à nier l'agression ou à reporter la responsabilité de l'agression sur la victime.  Certains des enfants peuvent ressentir des sensations agréables, une stimulation sexuelle plaisante. Mais cela devient souvent pour eux une source additionnelle de honte, de culpabilité, de mépris de soi, et non une preuve de participation libre.
  • L’enfant menteur : les recherches rapportent plutôt la grande réticence qu'ont les enfants à dévoiler qu'ils sont victimes. Dévoiler l'inceste et sortir du silence demande une somme de courage presque surhumain à un enfant ou un adolescent : lui seul, et il le sait ou le presse, aura à porter la terrible responsabilité de cette révélation dont les répercussions atteindront tous les membres de sa famille et de son entourage.
 

La famille

  •     L’inceste ne se produit que lorsqu’une famille est gravement dysfonctionnelle : L’inceste se produit dans de nombreuses familles considérées comme étant «normales». C’est une raison pour laquelle l’agression n’est pas découverte. Les agresseurs répandent souvent une image «respectable» pour se protéger. Il faut se souvenir que l’agresseur est responsable de l’agression et non les autres membres de la famille.
  •        Une bonne mère le sait si son enfant est agressé sexuellement et fait tout ce qui est en son pouvoir pour mettre un terme à la situation : La plupart des mères ne le savent pas. L’agresseur travaille à protéger soigneusement son secret. Il pourrait saboter la relation mère/enfant pour que l’enfant se tourne moins vers la mère et lui fasse moins confiance. Il pourrait offrir à la mère d’autres explications du comportement ou de la détresse de l’enfant. Les mères qui s’efforcent de protéger leur enfant font face à des obstacles juridiques et sociaux incroyables. On s’attend souvent à ce que la mère accomplisse ce que, ensemble, la police, les tribunaux et le système de services sociaux ne peuvent pas réussir. Puis, on condamne les mères qui ont échoué.

 

Les agresseurs

  • Les  agresseurs sont des malades : plusieurs chercheurs concluent plutôt que les pédocriminels ne diffèrent pas des autres personnes; les agresseurs se caractérisent par leur ressemblance avec les hommes ordinaires.
  •        Les  agresseurs ont des pulsions irrésistibles : cette hypothèse a été infirmée par de nombreuses études. Les pères incestueux auraient des pulsions sexuelles normales. Il n'y aurait donc pas de pathologie propre à l’inceste.
  •      Les agresseurs perdent momentanément le contrôle d’eux-mêmes : l'inceste se développe graduellement et s'étend sur une certaine période de temps allant de six mois jusqu'à sept ou huit ans, la durée moyenne étant de deux ans. La théorie de la perte de contrôle s'effondre donc lorsque nous observons la durée de l'agression et l'escalade dans les formes qu'elle revêt, ainsi que les pressions et les tactiques utilisées pour imposer et garder le secret.
  •        La thèse de l’accident : Thèse selon laquelle l'agresseur, confondant la tendresse et la sexualité, glisse accidentellement vers l'attentat de l’enfant alors qu'il le caressait ou l'étreignait de façon affectueuse. Selon les enfants agressés, l'agresseur commettait sciemment et délibérément une agression sexuelle, même si les comportements abusifs étaient entremêlés de gentilles caresses.
  •       Seules les personnes dérangées mentalement agressent sexuellement des enfants : Les tests psychiatriques révèlent que 97 % des hommes qui commettent un assaut sexuel sur un enfant ne sont pas des malades mentaux. Ils pourraient avoir des problèmes de «personnalité», comme de nombreux hommes qui n’attaquent pas les enfants, mais ils savent exactement ce qu’ils font. Souvent, leurs actions cadrent avec leur croyance que les femmes et les enfants sont la propriété de l’homme, des objets à utiliser par l’homme pour sa satisfaction.
  •  L'éloignement sexuel dans le couple : plusieurs études soulignent que la plupart des pères incestueux continueraient d'avoir des relations sexuelles avec leur conjointe et qu'aucun père n'aurait commis l'inceste parce qu'il n'aurait pas eu accès sexuellement à sa conjointe.

 

 

Les anciennes victimes devenues adultes

  •   Les adultes qui se souviennent soudain d’avoir été agressés sexuellement pendant l’enfance sont des victimes du «syndrome de mémoire fictive» ou « syndrome des faux souvenirs » : Le syndrome de mémoire fictive n’existe pas. C’est tout simplement une idée non documentée, non prouvée, inventée par les parents d’une femme sexuellement agressée par son père. La plupart des survivants d’une agression sexuelle pendant l’enfance ont retrouvé certains souvenirs oubliés et beaucoup ont retrouvé également des souvenirs de leur agression. Certaines femmes qui ont survécu à un inceste proposent que l’on se penche sur le «syndrome de la croyance en la fausse innocence» chez les agresseurs qui maintiennent fermement leur innocence.

 

L'agression

  •      L’inceste se produit rarement : L’inceste est plus courant qu’on ne le pense. Bien que des statistiques exactes dans ce domaine soient impossibles à établir, les recherches indiquent qu’un enfant sur quatre sera agressé sexuellement, généralement par un membre de la famille ou par un autre adulte ayant sa confiance.
  •       L’alcoolisme : bien que la consommation d'alcool soit souvent observée parmi les cas d'inceste étudiés, l'alcool n'est pas la cause de l'inceste. Ces substances peuvent réduire les inhibitions de certains agresseurs et leur servir de prétexte pour excuser l'agression. Il existe beaucoup d’agresseurs incestueux qui ne sont pas alcooliques.
  • L’inceste : fléau des milieux défavorisés, en zone rurale, parmi les minorités ethniques : aucune étude n'a pu établir de tels liens mais tous les hommes incestueux ne courent pas les mêmes risques de se faire dénoncer ou d'être punis pour leurs actes. Les hommes “respectables” de la société sont moins ou peu dénoncés; s'ils le sont, ils sont plus crédibles dans le déni, présentent des défenses de pères de famille irréprochables et de pourvoyeurs honnêtes.
  •  Les agresseurs sont d’anciennes victimes : si, selon plusieurs auteurs, de 30 à 50 % d’agresseurs auraient eux mêmes connu un ou des attentats sexuels dans leur enfance, cela démontre aussi qu'une majorité d'entre eux n'en auraient pas été victimes. Il n’existe pas d'études comparatives permettant d'évaluer la situation parmi la population des non agresseurs. Il est donc impossible de conclure à une relation de cause à effet.
 
  • CASAC – Association canadienne des centres contre les agressions sexuelles
  • Santé et services sociaux du Québec, Canada, site Une agression sexuelle c’est quoi ?
  • CRIPCAS Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles, Québec, Canada
  • SNATEM Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance Maltraitée : Etude SNATEM 2001, France
  • Salbreux et Charmasson ou Sullivan et Knutson, 2000
  • Dialogue européen, 1999 : L’abus sexuel des enfants en Europe Ed. Conseil de l’Europe p 6.
  • Macdonald, 2001 : L’abus sexuel des enfants en Europe Ed. Conseil de l’Europe p 27
  • HAMEL et CADRIN, op. cit. p. 36

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