Protection de l'enfant

Prévention d’abus sexuels sur des enfants et adolescents mentalement handicapés

Situation
Les abus sexuels ou violences d’ordre sexuel sur des enfants et adolescents peuvent se produire n’importe où : à la maison, au sein de l’institution, dans le cercle des connaissances ou dans le voisinage.
Le risque d’être victimes d’abus sexuel est plus élevé pour les enfants, jeunes hommes et jeunes femmes mentalement handicapés que pour la population en général. Selon l’étude citée ci-après, les chiffres font état d’un nombre de cas trois à dix fois plus élevé (Becker Monika, Sexuelle Gewalt gegen Mädchen mit geistiger Behinderung, 1995 [Violence sexuelle envers des jeunes filles mentalement handicapées]).
A quoi cette situation est-elle due ?

Facteurs de risque
Le risque d’être victime d’abus sexuels est lié, entre autres, à une formation scolaire déficiente et à une méconnaissance ou un manque de connaissances sur les comportements sexuels appropriés. Les enfants et adolescents mentalement handicapés n’ont souvent pas conscience de ce qui se passe.
De par leur besoin d’encadrement, les enfants et adolescents mentalement handicapés subissent fréquemment des intrusions dans leur intimité. Cette impuissance quotidienne les amène à considérer un abus sexuel ou tout autre acte d’ordre sexuel comme une simple violation de l’intimité parmi d’autres. Les sentiments de honte et de colère sont refoulés pour pouvoir accepter les conditions de vie. Ils se sentent très souvent démunis et impuissants et finissent par se résigner. Il en résulte un manque d’assurance et peu d’estime de soi.
Les personnes mentalement handicapées qui ne disposent que de peu de moyens de communication verbaux, voire d’aucun, s’expriment avec leur corps. Ces personnes peuvent alors paraître aux yeux des autres personnes comme envahissantes, collantes ou n’obéissant qu’à leur instinct. Ce mode de communication non verbal représente donc un facteur de risque supplémentaire.
Du fait de leur manque de moyens d’expression, leurs propos ne paraissent souvent pas crédibles. Il faut donc prendre particulièrement au sérieux leurs déclarations verbales et tenir compte de leurs expressions non verbales, telles que manifestations physiques, émotionnelles ou comportementales pour essayer d’en déterminer les causes possibles. « Lorsque
nous suspectons un abus sexuel et que nous voulons protéger un enfant ou un adulte mentalement handicapé, nous devons apprendre à interpréter correctement les indicateurs, à prendre en considération les communications spontanées et à prêter une oreille attentive aux déclarations telles qu’elles nous ont été transmises. » (Hallstein Monika, Menschen mit Behinderungen, 1993 [Personnes handicapées]).

Mesures préventives
Les facteurs de risque mentionnés ci-dessus ont servi de base pour élaborer des mesures de prévention efficaces. En voici un aperçu :
- Dispenser une éducation sexuelle
o Apprendre à connaître le corps humain, ainsi que les transformations qu‘il subit tout au long de la vie, en particulier en ce qui concerne les organes sexuels et leurs fonctions > connaissances et informations sur la sexualité
- Apprendre à gérer la proximité et la distance
o Sensibiliser à une régulation adéquate entre proximité et distance (prise de conscience de son comportement envahissant et des intrusions quotidiennes nécessaires de par son besoin d’aide dans l’accomplissement des soins corporels) > perception des limites
- Améliorer la capacité de communication
o Développer et entraîner l’expression verbale
o Apprendre à connaître les mots ou expressions utilisés pour définir certaines pratiques sexuelles
o Pouvoir exprimer des besoins sexuels
- Entraîner la perception
o Prendre conscience de ses propres sentiments et les respecter
o Sensibiliser aux risques inhérents à certaines situations
o Pouvoir faire la différence entre les contacts physiques adéquats et inadéquats, les parties du corps qui peuvent être touchées et quelles personnes peuvent le faire
- Définir ses propres limites
o Autonomie ou ingérence d’autrui dans le quotidien : qu’est-ce que le personnel d’encadrement, le personnel soignant, les proches et les connaissances ont le droit et pas le droit de faire ?
o Limites : comment se défendre ?
o Stratégies de défense contre l’abus sexuel
 pouvoir dire non > s’en aller > en parler à quelqu’un
o Self-défense
- Informer sur la manière dont il est possible d’obtenir de l’aide et où
o Connaître les éventuels interlocuteurs/trices
o A qui se confier ?
 parents ? personnel d’encadrement ? office de l’ombudsman ?

Education préventive (Braun Gisela: Ich sage Nein, 1999 [Je dis non])
1. Ton corps t’appartient !
Le corps de chaque enfant est unique et précieux et doit être protégé.
2. Intuition
Autant les garçons que les filles peuvent se fier à leurs propres sentiments !
3. Bons et mauvais secrets
Apprendre aux enfants à différencier les bons secrets des mauvais qui font peur. Lorsque les secrets mettent mal à l’aise, il vaut mieux en parler à des amis et/ou à des adultes.
4. Contacts physiques
Apprendre aux enfants à faire la différence entre un « bon » et un « mauvais » contact physique et à refuser ces derniers avec assurance.
5. Dire non
Les enfants ont le droit de dire non, de mettre des limites lorsque la situation l’exige, ainsi que de refuser des demandes faites par des adultes. Ils ont le droit de ne pas obéir et de se défendre.
6. Aide
Les enfants doivent apprendre à chercher de l’aide chez un autre enfant ou un adulte auquel ils pourront se confier.


Symptômes d’abus sexuel  (Senn Charlene, Gegen jedes Recht, 1993 [Contre tout droit])
Découverte de l’abus : une personne est témoin d’un abus sexuel. Est-ce qu’elle est elle-même handicapée ? Les chances sont-elles grandes qu’on ne la croie pas ?
• Déclarations de l’enfant, dénonciation verbale
o Tout le monde ne peut pas faire une dénonciation verbale (moyens d’expression limités).
o Seule une minorité relate clairement et explicitement l’abus.
o Dans la plupart des cas, la victime est intimidée et se sent menacée dans le cas où elle dévoile le « secret ».
o Les enfants ayant des troubles du développement sont davantage réceptifs aux menaces.
o Les dépositions peuvent se faire attendre, être contradictoires et peu convaincantes.
o Une rétractation de la dénonciation peut avoir lieu.
o Des déclarations verbales peuvent être faites sans qu’aucune émotion ne transparaisse.
• Symptômes physiques, déclarations non verbales
o Blessures ou infection des parties génitales (écoulement, blessures, saignements, sous-vêtements tachés)
o Symptômes physiques non génitaux (fortes douleurs au bas-ventre d’origine psychosomatique, douleurs abdominales, vomissements, diarrhée)
o Fugue durant la nuit / Disparition de vêtements

• Symptômes émotionnels et comportementaux (ce sont les manifestations les plus courantes)
o Changements dans le comportement
o Attitude et langage sexualisés
o Comportement régressif (énurésie, troubles alimentaires, tendance à « jouer la comédie »)
o Accumulation d’argent ou de douceurs (corruption)
o Dessins / Peintures
o Délinquance
o Hyperactivité, fébrilité
o Automutilations
o Autosatisfaction excessive
o Introversion, dépression
o Pensées suicidaires et tentatives de suicide
o Pseudo-épilepsie
• 25 % des victimes d’abus sexuels ne présentent pas de signes particuliers !
Que faire lors d’une présomption d’abus sexuel ?
- Ecouter et prendre au sérieux
- Porter crédit aux déclarations de la victime
- Rester calme, pas de réaction de panique
- Ne pas agir précipitamment, ne pas réagir trop violemment
- Eloigner la victime de l’agresseur
- Observer le comportement, prendre des notes, rassembler faits et informations
- Demander de l’aide à des professionnels (centres de protection de l’enfance, personnel interdisciplinaire qualifié)
- Envisager les démarches à mettre en oeuvre d’entente avec la personne
- Convoquer une rencontre entre professionnels
- Redonner confiance à l’enfant, l’inclure dans tout le processus, s’entretenir avec les parents
- Si les soupçons ne sont pas confirmés, continuer à chercher les raisons d’un tel comportement

Atelier de la journée d’étude « Handicap mental et protection de l’enfant » 15/16 février 2008 / Lieux de vie insieme, C. Wegmann

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site