L'agression indirecte

Qu'est-ce que l'agression indirecte?

Le terme agression indirecte désigne un ensemble de gestes visant à blesser quelqu’un psychologiquement en détruisant ses relations interpersonnelles et son environnement social. Observée de l’école primaire à l’école secondaire, cette forme d’agression passe souvent inaperçue, car contrairement aux cas d’agression verbale ou physique, l’enfant agresseur est rarement en contact direct avec celui qu’il attaque; il entraîne plutôt ses camarades avec lui. Parfois pour se venger, par jalousie ou pour mousser sa réputation, il peut monter les autres écoliers contre un élève en particulier, raconter ses secrets, le ridiculiser, l’exclure du groupe ou répandre des rumeurs à son sujet sur des sites de clavardage.

Quelques chiffres

On évalue qu’au niveau mondial, entre 11,3 % et 49,8 % des enfants du niveau primaire seraient victimes de violence directe (physique et verbale) et indirecte.
Les manifestations de l’agression indirecte sont toutefois plus difficiles à percevoir par le personnel scolaire. Près de 70 % d’entre eux disent observer régulièrement des comportements d’isolement et de rejet chez les élèves sans pour autant être capables d’identifier les responsables. Même s’ils sont aussi présents chez les garçons, les actes d’agression indirecte seraient plus nombreux chez les filles et auraient tendance à augmenter jusqu’à la fin de l’adolescence. Une étude effectuée auprès de 500 élèves de 3e à 6e années du primaire révèle en effet que 17,4 % des filles auraient recours à l’agression indirecte pour seulement 2 % des garçons. En revanche, 15,6 % des garçons auraient régulièrement des comportements d’agression directe comparativement à 0,04 % des filles.Même si elle leur vaut d’être punie, la violence directe est considérée comme socialement normale chez les garçons. Il en est autrement pour les filles. On attend généralement d’elles qu’elles soient douces, gentilles et respectueuses envers les autres. Mais, tout comme les garçons, les filles aussi éprouvent parfois de la colère. Elles ont donc recourt à des moyens plus cachés; elles emploient leurs habiletés sociales au lieu de leurs poings pour arriver à leurs fins.

Les agresseurs

Les enfants qui utilisent fréquemment l’agression indirecte ont été identifiés comme ayant des habiletés sociales plus grandes. Ils ont en effet plus de facilité à comprendre le réseau social de la victime, mais aussi, une bonne capacité à influencer les autres et à les manipuler pour lui causer du tort. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’agression indirecte n’a pas seulement des conséquences néfastes pour l’enfant qui en est victime. Les enfants agressifs directement ou indirectement envers d’autres élèves ont pour leur part un risque accru de développer des comportements délinquants au cours de leur vie. Plusieurs études révèlent également que l’utilisation de la violence indirecte est liée à des problèmes d’adaptation personnelle et sociale, que ces jeunes ont plus de troubles émotifs et de problèmes de comportement dans la famille. De plus, les enfants qui utilisent l’agression indirecte sur une longue période subiraient avec le temps, eux aussi, du rejet de la part de leurs camarades. Il est important de noter que, tout comme les enfants victimes, les enfants agresseurs éprouvent aussi des symptômes dépressifs et parfois même, des pensées suicidaires. La frontière entre victime et agresseur n’est pas toujours aussi nette qu’elle y parait. Parfois, certains élèves, victimes de leurs camarades, se servent à leur tour de l’agression indirecte pour se défendre et redorer leur propre image aux yeux des autres. Un enfant peut donc à la fois manifester de la violence indirecte et en être la cible.

Les victimes

Les enfants solitaires, introvertis ou différents des autres de par leur apparence ou leur personnalité peuvent plus facilement être la cible d’autres élèves.
Il est cependant important de noter que n’importe quel enfant peut être victime d’agression indirecte. Même le plus populaire d’entre eux peut, pour une raison qu’il ignore, être exclu par les autres et être confronté à l’isolement, à l’humiliation et au rejet.
La souffrance de ces enfants est d’autant plus importante qu’elle reste invisible aux yeux du personnel scolaire, car les jeunes victimes renoncent souvent à parler par crainte de représailles et surtout, de peur de ne pas être crues faute de preuves. De leur côté, les élèves témoins d’actes d’agression indirecte renoncent souvent eux aussi à parler ou à prendre la défense de la victime de peur d’être exclus et de se retrouver dans la même situation.
Avec le temps, les jeunes victimes en viennent à considérer leur situation comme étant normale. Mais la violence invisible dont elles sont la cible peut parfois durer jusqu’à plusieurs années et occasionner de graves séquelles au niveau de leur développement et de leur vie sociale. Les conséquences de l’agression indirecte s’apparentent d’ailleurs à celles que vivent les personnes victimes de harcèlement psychologique.
Parmi les conséquences de l’agression indirecte, notons :

• La dépression;
• l’anxiété;
• la diminution de l’estime de soi;
• les problèmes d’ordre académique;
• la somatisation;
• l’idéation suicidaire.

L’agression indirecte est reconnue comme étant davantage observée chez les jeunes filles et ce sont d'ailleurs elles qui souffrent le plus de ses conséquences.
Les filles victimes de violence indirecte auraient plus de symptômes dépressifs et d’idéation suicidaire que les garçons dans la même situation.
En outre, de jeunes adolescents, victimes à la fois de violence directe et indirecte, ont révélé avoir ressenti plus de tristesse et éprouvé une plus faible estime d’eux-mêmes au moment où ils avaient été victimes d’actes d’agression indirecte. Bien que les symptômes de dépression soient aussi présents chez les jeunes victimes de violence physique et verbale, il a effectivement été démontré que l’agression indirecte avait un impact plus important sur celles-ci.

 

Prévention

Ce n’est que depuis peu que la recherche s’intéresse à la problématique de l’agression indirecte et que l’on en comprend mieux l’ampleur et les conséquences.
Au sein des écoles primaires, bien que la plupart des membres du personnel aient déjà entendu parler d’agression indirecte, peu nombreux sont ceux qui utilisent des méthodes de prévention ou d’intervention pour la contrer. La raison est simple, ils ne savent tout simplement pas comment intervenir dans de telles situations. Comment savoir avec certitude qui en est l’auteur? Mais surtout, comment aborder la question avec les parents? Jusqu’à ce jour, très peu de programmes de prévention contre la violence à l’école se sont révélés efficaces et ce, tant au niveau national qu’international. À ce chapitre, les pays scandinaves sont les pionniers. Le « Norwegian Bullying Prevention Program » est d’ailleurs le seul programme ayant permis de réduire de 50 % toute forme d’agression entre les élèves du niveau primaire. Il s’agit d’un plan de prévention qui considère une approche globale et qui implique le personnel enseignant, les parents et les élèves, permettant ainsi le changement et le maintien de nouveaux comportements sociaux à l’école. L’implication des parents et leur éducation sur la problématique ont été établies comme étant essentielles à sa réussite. Au Québec, le groupe de recherche sur les inadaptations sociales de l’enfance (GRISE) de l’Université de Sherbrooke (www.grise.ca) a mis au point un outil de prévention intitulé « L’agression indirecte… cette violence qu’on ne voit pas ». Élaboré sous la direction de Pierrette Verlaan, professeure titulaire au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke et de France Turmel, conseillère pédagogique au Service régional de soutien et d’expertise pour les commissions scolaires de l’Estrie, ce programme vise à sensibiliser le personnel scolaire des écoles primaires, les élèves ainsi que leurs parents. Plusieurs activités dont le visionnement d’une vidéo, des jeux de rôles, des discussions de groupe et des devoirs à faire en compagnie de leurs parents, permettent aux élèves de mieux identifier les comportements d’agression indirecte lorsqu’ils en sont témoins et d’en comprendre les conséquences sur ceux qui en sont victimes.
La trousse sur l’agression indirecte a été éditée par le Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP) qui en assure également la diffusion. (www.clipp.ca) Le groupe de recherche dirigé par Pierrette Verlaan en est actuellement à la mise au point d’un programme d’intervention que le CLIPP pourrait éventuellement rendre accessible au moyen d’une trousse de formation. Cet outil complémentaire au programme de sensibilisation insistera, quant à lui, sur les moyens et les actions à entreprendre pour faire cesser les pratiques d’agression indirecte.

Sources : www.clipp.ca

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