Les phobies

La spermatophobie (ou spermophobie)

La phobie du sperme est considérée par certains comme une curiosité médicale, mais cette maladie mérite d’être étudiée, diagnostiquée et traitée pour deux raisons :

  • Le retentissement de cette phobie sur la qualité de vie est majeure, parfois source de dépression et de solitude.
  • La présence de cette phobie dans de nombreux tableaux d’aversion sexuelle.

Cette phobie se définit comme une peur persistante, anormale et irrationnelle du sperme humain. Comme les autres phobies, les symptômes se manifestent en face de l’objet de la phobie sous forme de peur, de panique, d’angoisse associée à des troubles physiques comme l’accélération du rythme cardiaque, du rythme respiratoire, sueur. D’autres symptômes ont également été décrits : vaginisme, absence du désir sexuel et aversion sexuelle.

Cette aversion pose un problème majeur, privant la personne de toute pratique hétérosexuelle et de grossesse. L’une des causes majeures de cette phobie peut être une violence sexuelle.

La tokophobie

La peur panique de l'accouchement.

Si la plupart des femmes appréhendent la douleur de l'accouchement, certaines la redoutent au point d'éviter de tomber enceintes ou d'interrompre leur grossesse malgré une réelle envie d'enfant. Des psychiatres anglais lèvent le voile sur ce mal curieux et trop méconnu.

 

Crainte de la souffrance, tendance à l'anxiété, dépression, traumatismes obstétriques antérieurs, voire sexuels … Autant d'explications possibles à une peur parfois panique de l'accouchement, malgré les progrès de la médecine et la rareté des complications, en particulier dans les pays occidentaux.

Une peur de mourir ou de trop souffrir bien décrite au 19ème siècle

Toutes les femmes, dans le monde entier, considèrent le moment de l'accouchement comme un obstacle à franchir, une étape à dépasser. En 1858, le docteur Louis Victor Marcé décrivait dans son "Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices"1 les craintes de la future mère en ces termes : "Si elles sont primipares, l'attente d'une douleur inconnue les préoccupe au-delà de toute mesure et les plonge dans un état d'anxiété indescriptible. Si elles sont déjà mères, elles sont terrifiées par le souvenir du passé et par la perspective de l'avenir ; elles ont l'intime conviction qu'elles devront succomber à l'épreuve qui les attend". Il ajoutait que "cette idée acquiert la proportion de l'idée fixe et devient le point de départ d'une disposition mélancolique qui s'étend à toutes leurs pensées", ce qui en d'autres termes correspond à une véritable phobie dépressive, sur laquelle l'auteur revient longuement dans son livre.

Premières explications, en particulier à cette époque : les récits d'accouchements atroces se sont transmis de génération en génération. De plus jusqu'au 20ème siècle, le taux de mortalité en couches était très important.

Une peur persistante malgré les progrès médicaux

Aujourd'hui, grâce à la médicalisation, la mortalité maternelle dans les pays occidentaux a considérablement diminué, même si elle reste significative : d'après l'Institut de Veille Sanitaire, le taux est estimé entre 9 et 13 décès pour 100 000 naissances2, ce qui représente chaque année le décès d'une soixantaine de femmes. Si c'est peu, au regard des pays en développement où ce taux de mortalité peut atteindre 500 pour un même nombre de naissances, c'est encore beaucoup et ne peut rassurer complètement les femmes d'aujourd'hui.

De plus, paradoxalement, la médicalisation actuelle de l'accouchement, qui a permis de faire chuter ce taux de mortalité, provoque d'autres peurs : la crainte des hôpitaux, des médecins, des instruments... Ainsi certaines femmes préfèrent renoncer à avoir un enfant, alors qu'elles le souhaitent désespérément, car l'appréhension de la douleur ou de mourir en couches prend le dessus. Ces femmes souffrent d'une maladie appelée la tokophobie (de "tokos" : "accouchement" en grec).

La tokophobie peut revêtir plusieurs formes

Les psychiatres distinguent trois formes de tokophobie, en fonction des circonstances de déclenchement de la phobie. C'est ce qu'ont mis en évidence auprès de 26 femmes tokophobes deux psychiatres, Kristina Hofberg et Ian Brockington, de l'Hôpital psychiatrique Queen Elisabeth de Birmingham3 :

  • La tokophobie primaire, qui touchait 8 des femmes de cette étude, précède le premier accouchement et remonte à l'adolescence : les relations sexuelles sont normales mais la contraception est "scrupuleuse", excessive, avec l'emploi simultané de plusieurs méthodes de contraception en raison d'une peur intense de la grossesse et de l'accouchement. Néanmoins 4 de ces femmes tokophobes sont tombées enceintes volontairement, leur désir d'enfant ayant finalement surmonté la peur. Elles souhaitaient cependant accoucher par césarienne, si possible programmée ;
  • La tokophobie secondaire, qui concernait 14 des femmes de cette étude, survient après un accouchement difficile, par exemple en cas d'extraction instrumentale en urgence en raison d'une souffrance du foetus ou tout simplement de douleur très importante, traumatisante. 12 des 14 femmes ont cru "qu'elles allaient mourir ou que leur bébé était déjà mort". Ces femmes ont cependant eu un autre enfant malgré cette tokophobie secondaire, mais leur grossesse a été extrêmement stressante avec la peur récurrente d'une incapacité à accoucher. D'ailleurs seules 2 ont accouché par voie basse, les autres ont eu une césarienne ;
  • La tokophobie faisant partie des symptômes d'une dépression pré-natale : le fait de réaliser sa grossesse et ses implications peut entraîner un syndrome dépressif, dont la tokophobie peut faire partie (cas de 4 femmes lors de l'étude anglaise précitée). Cette dépression peut être traitée et ne se transforme pas forcément en baby blues, surtout si l'accouchement se passe finalement bien.

Il est à noter que 5 femmes tokophobes primaires ou dépressives de cette étude ont été victimes d'abus sexuels pendant leur enfance et 3 d'un viol, ce qui laisse supposer que l'éventualité d'un accouchement est associée au souvenir de ces traumatismes vaginaux3.

La tokophobie, des conséquences et complications parfois sévères

Comme nous l'avons vu, cette phobie peut inciter à demander une césarienne. Néanmoins dans certains cas, la peur est si intense que la femme enceinte peut demander à interrompre sa grossesse, comme ce fut le cas pour deux des femmes de l'étude. L'empathie des professionnels de santé, leur écoute peut permettre d'éviter cette solution radicale.

Autre conséquence possible : les vomissements intenses (plus de la moitié des femmes tokophobes primaires). Ces vomissements beaucoup plus importants que lors d'une grossesse usuelle peuvent être liés au rejet de la grossesse, à un manque d'attachement au foetus en cours de développement, ou encore à une volonté d'"en finir avec cette grossesse"3.

La tokophobie primaire ou secondaire peut également entraîner un véritable syndrome de stress post-traumatique après l'accouchement, qui devra être pris en charge par un psychologue ou un psychiatre. La dépression post-natale est aussi possible.

Enfin la stérilisation est fréquemment demandée après l'accouchement, afin d'éviter d'être confrontée à nouveau à cette phobie intense : 10 des 26 femmes de l'étude anglaise se sont fait stériliser après leur accouchement ou étaient sur liste d'attente, elles ou leur partenaire masculin3.

Cette peur panique est donc bien réelle et peut avoir des conséquences sévères. Si vous en souffrez, n'hésitez pas à en parler à votre médecin traitant ou gynécologue. Il vous conseillera sur les moyens d'y faire face, avec éventuellement un soutien psychologique. Comme toute phobie, elle peut se guérir et vous permettre de mener une grossesse et un accouchement harmonieux.

Karine Touboul, Dr Jean-Philippe Rivière, le 16 juillet 2009

1 - Dr Louis Victor Marcé, "Traité de la folies des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices", 1858, p. 34-35, téléchargeable en ligne
2 - La mortalité maternelle en France : bilan et perspectives, Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'Institut de Veille Sanitaire, 12 décembre 2006, téléchargeable en ligne
3 - Tokophobia: an unreasoning dread of childbirth. A series of 26 cases. Kristina Hofberg et Ian Brockington, Br J Psychiatry. 2000 Jan;176:83-5, téléchargeable  en ligne (en anglais)

Phobie sociale

Peur irraisonnée, intense et persistante de situations sociales. La personne redoute d'être évaluée, critiquée ou jugée ridicule. Elle craint d'être exposée à l'éventuelle observation attentive d'autrui et donc d'agir de façon humiliante ou embarrassante

Elle reconnaît le caractère excessif de la peur. Pourtant, les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.
L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans les situations redoutées sociales ou de performance perturbent, de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles (ou scolaires) ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui.

Les difficultés rencontrées :

- peur de rougir
- peur de manger, d'écrire, de travailler sous le regard d'autrui
- peur de formuler des demandes
- peur de parler devant un groupe
- peur de faire de nouvelles rencontres

De 2 à 10% des personnes présentent ce trouble.

Agoraphobie

Anxiété de se retrouver dans des endroits ou des situations d'où il pourrait être difficile (ou gênant) de s'échapper ou dans lesquels on pourrait ne pas trouver de secours en cas d'attaque de panique.

Situations caractéristiques : se trouver seul en dehors de son domicile; être dans une foule ou une file d'attente; sur un pont ou dans un métro.

Ces situations sont soit évitées soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d'avoir une attaque de panique ou bien nécessitant la présence d'un accompagnant.

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