Les conséquences

  • Troubles du sommeil
  • Fugues
  • Délinquance
  • Culpabilité
  • Peur, angoisse
  • Dépression
  • Perte d'estime de soi
  • Problèmes de sociabilité
  • Tentatives de suicide, suicide
  • Revictimisation
  • Maladies musculaires
  • Problèmes de couple et affectifs
  • Prostitution
  • Automutilation
  • Troubles du comportement alimentaire
  • Addictions variées
  • Accidents de la route
  • Maladies psychosomatiques
  • Sexualité difficile
  • Troubles de la personnalité
  • Actes violents sur soi et envers les autres
  • Déni, amnésie, flash-back
  • Exposition au danger ou peur de prendre des risques
  • Achats compulsifs, troubles obsessionnels, phobies
  • Sentiment répété d'abandon

Des études épidémiologiques ont permis d'évaluer les conséquences à long terme des maltraitances de l'enfance. Elles ont été réalisées soit à partir d'échantillons de patients consultant dans le système de soins, soit en examinant au sein d'études épidémiologiques conduites en population générale, les caractéristiques des personnes ayant été victimes d'abus au cours de leur enfance, comparativement à celles qui n'ont pas été victimes de tels abus. Il ressort de ces études que la maltraitance, évaluée essentiellement par rapport aux violences physiques et aux abus sexuels, est associée à une élévation du risque de troubles psychopathologiques à l'âge adulte, en particulier de dépression majeure, de stress post traumatique de troubles addictifs, avec souvent même plusieurs troubles psychiatriques associés.
Ainsi, Duncan et al. (1996) ont examiné les liens existant entre des antécédents infantiles d'abus physiques sérieux et des perturbations émotionnelles, dans un échantillon national de femmes aux USA. Ils ont trouvé que celles qui avaient subi des maltraitances et des abus avaient des taux plus élevés dépression, d'états de stress post-traumatique et d'abus de substances. Les troubles ne se limitent donc pas aux états de stress post-traumatiques et apparaissent comme non spécifiques. C'est ce que retrouvent Norris et al. (1997), pour lesquels les troubles consécutifs à une victimisation criminelle sont polymorphes. Ils concernent le domaine de la dépression, de la somatisation, de l'hostilité, de l'anxiété, de l'évitement phobique, des comportements d'évitement.
Mc Cauley et al. (1997) ont comparé un groupe de femmes victimes d'abus sexuels au cours de l'enfance à des femmes n'ayant pas été victimes de tels abus. Les anciennes victimes avaient davantage de symptômes physiques, des scores plus élevés de dépression, d'anxiété, de somatisation et une faible estime de soi . Le taux de femme faisant usage de drogues ou d'alcool était plus important et il y avait davantage d'antécédents de tentatives de suicide ou d'hospitalisation en psychiatrie.
La sévérité des abus de l'enfance rapportés semble corrélée à la gravité de la psychopathologie présente à l'âge adulte, comme l'indiquent les travaux de Mullen et al. (1993, 1996), qui ont mis en évidence une association entre l'exposition à des abus sexuels de l'enfance et les troubles psychopathologiques dans un échantillon de femmes.
Des différences existeraient selon le sexe, selon une étude récente, menée par MacMillian et al. (2001) et qui a porté sur un vaste échantillon de personnes (7 016). Les sujets qui rapportaient des abus sexuels de l'enfance avaient un taux vie-entière plus important de troubles anxieux, de dépendance à l'alcool et de comportements antisociaux. Vis-à-vis de ces risques, les abus physiques étaient aussi importants que les abus sexuels. Chez les femmes victimes d'abus sexuels de l'enfance, mais pas chez les hommes, on retrouvait davantage de dépressions et de dépendances à des drogues illicites. Chez les hommes, il s'agissait surtout de dépendances à l'alcool. Selon cette étude, le risque de troubles psychopathologiques liés à des d'abus sexuels de l'enfance semble donc plus important chez les femmes que chez les hommes. Cette différence de risque selon le sexe a également été retrouvée par Goldin et al (1988), qui ont montré que les femmes victimes d'abus sexuels de l'enfance avaient des taux plus importants de troubles psychopathologiques, excepté pour la personnalité antisociale.
Une étude prospective, celle Fergusson et al. (1996) a porté sur une cohorte de 1 000 enfants qui ont été suivis jusqu'à l'âge de 18 ans. A l'âge de 18 ans, 10,4% des sujets (17,3% des femmes et 3,4% des hommes) affirmaient avoir subi des abus sexuels avant l'âge de 16 ans. Chez seulement 5,6% des femmes et 1,4% des hommes ces abus consistaient en des rapports sexuels partiels ou complets. Ceux qui avaient été victimes d'abus sexuels de l'enfance avaient un risque plus élevé de dépression, de troubles des conduites, de trouble anxieux, d'abus de substance et de comportements suicidaires.
Chez les femmes, le fait qu'il s'agisse d'un viol, le fait que l'agresseur soit connu et la chronicité des abus sexuels, constituent des facteurs de plus grand risque, comme l'ont montré Molnar et al. (2001), à partir des données de la National Comorbidity Survey (n= 5 877). Dans cette étude des abus sexuels de l'enfance ont été retrouvés chez 13,5% des femmes et 2,5% des hommes. Ils induisaient un risque plus important de dépression, d'anxiété et d'utilisation de substances.
Il ressort de ces différentes études que la dépression, les tentatives de suicide et l'abus de substance figurent parmi les principaux troubles psychopathologiques que l'on rencontre dans l'évolution à long terme des abus sexuels de l'enfance.
Des métaanalyses réalisées sur ces études ont permis de confirmer ces données. Ainsi, la métaanalyse de Neumam et al. (1996), portant à la fois sur des études cliniques et des études dans la communauté, a montré qu'il existe un relation entre les abus sexuels de l'enfance et une grande variété de troubles psychiatriques incluant la dépression, l'abus de substances, les troubles anxieux et les comportements suicidaires.
La métaanalyse de Jumper et al. (1995), qui a inclus à la fois des hommes et des femmes, a conclu qu'il y avait une relation entre une exposition à des abus sexuels de l'enfance et la dépression, ainsi que les troubles psychologiques de l'adaptation. De même, les antécédents d'abus sexuels sont corrélés à une diminution de l'estime de soi.
Ces métaanalyses (Jumper et al., 1995 ; Neumann et al., 1996 ; Rind et al., 1998) ont permis de quantifier la taille de l'effet. Celle-ci reste relativement modeste, les abus sexuels de l'enfance n'entrant que pour une faible part dans le déterminisme de l'apparition de troubles psychopathologiques.

L'état de stress post-traumatique est le premier risque lié à l'exposition à des abus au cours de l'enfance. Nishith et al. (2000) ont montré dans un échantillon de femmes victimes de viol que le fait d'avoir été abusé sexuellement pendant l'enfance augmentait considérablement le risque de survenue d'un état de stress post-traumatique.
Les états dépressifs, nous l'avons vu, sont également particulièrement fréquents parmi les conséquences des abus sexuels de l'enfance. Ainsi, Weiss et al. (1999) ont réalisé un revue sur le rôle des abus sexuels de l'enfance par rapport au risque de développer ultérieurement une dépression (7 études dans la communauté, 5 études chez des lycéennes et 9 études cliniques). Il s'avère que les abus sexuels de l'enfance constituent un risque aussi bien chez l'homme que chez la femme. La sévérité, la fréquence et la durée des abus augmentent le risque de dépression. Les incestes père-fille seraient plus dangereux que les autres abus. L'étude n'a pas permis de mettre en évidence d'effet en fonction de l'âge auquel étaient survenu les abus.
Afin d'examiner si la symptomatologie de la dépression est différente quand elle survient dans les suites d'abus sexuels de l'enfance, Levitan et al. (1998) ont évalué un échantillon de 8 116 personnes, dont 653 présentaient un épisode dépressif majeur. Des antécédents d'abus sexuels de l'enfance étaient associés à des symptômes neurovégétatifs de la dépression dits " inversés " (augmentation de l'appétit, prise de poids et hypersomnie).
Concernant les tentatives de suicide, Brown et al. (1999) ont étudié une cohorte de 776 enfants suivis à partir de l'âge de 5 ans et sur une durée de 17 ans. Les adolescents et les jeunes adultes ayant des antécédents de mauvais traitements avaient 3 fois plus de risque de devenir déprimés ou de réaliser des tentatives de suicide. Le risque de tentatives de suicide à répétition était 8 fois plus important pour les sujets ayant des antécédents d'abus sexuels. Dans l'étude de Molnar et al. (2001), les taux de tentatives de suicide étaient également plus élevés chez les sujets ayant des antécédents d'abus sexuels de l'enfance, après contrôle pour les autres variables. Chez les femmes, si 79% des tentatives de suicide graves pouvaient être attribuées à des troubles psychiatriques, 12% pouvaient être attribués à des viols et 7% à des agressions. Les adultes ayant été victimes d'abus sexuels dans l'enfance représentent donc une population à risque de suicide. Une seule étude va à l'encontre de cette conclusion, celle de Mc Holm et al. (2003), réalisée sur un échantillon de 347 femmes déprimées. Elle a montré que l'idéation suicidaire était fortement associée à une histoire d'abus sexuels de l'enfance, mais pas les tentatives de suicide elles-mêmes.
Les troubles anxieux et les troubles somatiques fonctionnels se rencontrent fréquemment chez les personnes victimes dans le passé d'abus de l'enfance (Arnold et al., 1990 ; Felitti, 1991 ; Scarinci et al., 1994). On retrouve souvent des troubles fonctionnels digestifs et des colopathies fonctionnelles (Leserman et al., 1996). Egalement des rétentions urinaires psychogènes, des infections urinaires et des troubles gynécologiques : douleurs pelviennes chroniques, difficultés sexuelles et syndromes prémenstruels.
Globalement, la consommation médicale est plus importante (Newman et al., 2000 ; Farley et al., 2001) : on relève plus de consultations en médecin générale et aux urgences pour les femmes ayant des antécédents d'abus sexuels de l'enfance. Les patients abusés subissent davantage d'interventions chirurgicales au cours de leur vie (8 en moyenne), dont la plupart se révèlent inutiles
Les comportements addictifs sont plus fréquents (Mullen et a., 1993 ; Fergusson et al., 1996). Wilsnack et al. (1997) ont étudié un échantillon de 1 099 femmes alcooliques : celles qui avaient antécédents d'abus sexuels de l'enfance avaient plus de risque de symptômes de dépendance, de consommation de drogues illicites, de dépression et d'anxiété. De même, concernant le tabac, les personnes abusées au cours de leur enfance adoptent des comportements à risque et fument beaucoup plus jeune et en quantité plus importante que dans les groupes contrôles.
Les troubles des conduites alimentaires sont également sur-représentés. Sullivan et al. (1995) sur un échantillon de 87 boulimiques ont retrouvé des abus sexuels de l'enfance dans 44% des cas. Cependant, ces antécédents étaient surtout liés à la comorbidité mais pas à l'intensité des symptômes boulimiques en eux-mêmes.

Différents troubles de la personnalité sont décrits dans les suites lointaines d'agressions sexuelles de l'enfance. Ce sont surtout la personnalité limite et la personnalité antisociale qui sont concernées.
Brodsky et al. (2001) ont réalisé une étude chez 136 patients déprimés. Les sujets qui avaient des antécédents d'abus sexuels de l'enfance avaient davantage d'antécédents de tentatives de suicide et des scores d'impulsivité et d'agression plus élevés. Les antécédents d'abus sexuels de l'enfance restaient liés aux tentatives de suicide même quand on ajustait pour l'impulsivité, l'agressivité et la présence d'un trouble de la personnalité limite. Glastone et al. (1999) ont également réalisé une étude sur des patients déprimés. Ces auteurs ont comparé 40 femmes atteintes d'épisode dépressif majeur et rapportant des abus sexuels de l'enfance à des femmes déprimées n'ayant pas d'antécédents d'abus sexuels de l'enfance. Ceux-ci n'influençaient pas les scores de dépression, mais on retrouvait davantage d'autodépréciation, de comportements autodestructifs et de troubles de la personnalité dans le groupe des femmes ayant vécu des abus sexuels de l'enfance. Enfin, ceux-ci sont clairement associés à des traits de personnalité limite.
Différents auteurs ont tenté de modéliser sur le plan psychopathologique les mécanismes par lesquels les abus sexuels de l'enfance peuvent conduire au développement d'une personnalité limite (Cole et al., 1992 ; Zanarini et al., 1997).
Luntz et al. (1994) ont montré sur un groupe de 416 victimes d'abus ou de négligence au cours de l'enfance, comparés à 283 témoins, que de mauvais traitements de l'enfance et des abus sexuels de l'enfance se révélaient des prédicteurs des symptômes de personnalité antisociale ou du diagnostic de personnalité antisociale.
On ne retrouve pas seulement une augmentation du risque de personnalité limite ou antisociale, puisque d'autres organisations de personnalité peuvent être observées. Par exemple, la dimension de neuroticisme peut être liée à des traumatismes de l'enfance, comme l'a montré Roy (2002). De même, Fox et al. (1994) ont montré que les sujets victimes d'abus sexuels de l'enfance développent davantage de sensitivité interpersonnelle.
Les troubles de la personnalité que l'on retrouve dans les suites lointaines d'abus de l'enfance semblent dépendre de la nature des abus. Ainsi, Jonhson et al. (1999) ont montré que si globalement la maltraitance au cours de l'enfance multiplie par 4 le risque de survenue d'un trouble de la personnalité au début de l'âge adulte, les abus physiques sont surtout associés à un risque de personnalité antisociale, les abus sexuels sont surtout associés à un risque de personnalité limite et les antécédents de négligence surtout associés à des traits de personnalité antisociale, évitante, limite, passive agressive et narcissique.
L'âge auquel les sujets ont été exposés à des abus semble également jouer un rôle. McLean et al. (2003) ont montré que parmi des femmes victimes d'abus sexuels de l'enfance, les diagnostics de trouble limite de la personnalité et de PTSD complexe étaient d'autant plus fréquents que les abus sexuels étaient survenus précocement dans l'enfance.

Source : http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/Conf/confvictime/experthtml/dantchev.html

La première des conséquences de l'agression sexuelle est d'ordre psychique s'apparentant aux symptômes de la névrose traumatique telle qu'elle fut définie au siècle dernier (Oppenheim, 1889) et dont le modèle fut enrichi par Ferenczi et Freud dans le cadre de celui de la névrose de guerre (Ferenczi, 1918; Freud, 1919) permettant de redéfinir un modèle de la névrose traumatique avec la dimension de la répétition (Freud, 1920). Ces travaux seront repris, sur le plan nosographique, par les cliniciens américains pour constituer le modèle du Post-Traumatic Stress Disorder (APA, 1994), le PTSD (Syndrome de Stress Post-Traumatique ou encore Syndrome Secondaire à un Stress Traumatique, traduction préférée par J.-M. Darves-Bornoz, 1996).
Après une agression sexuelle on peut isoler deux autres syndromes, le syndrome traumatique dissociatif et phobique incluant des troubles somatoformes, des phobies spécifiques (agoraphobie) et des troubles dissociatifs ainsi que le syndrome traumatique de type limite. Ce dernier définit une altération de l'identité et de la personnalité, secondaire à la blessure narcissique induite par le viol (Darves-Bornoz, 1996, 2000). Sur des échantillons représentatifs nationaux, le risque de voir se développer un PTSD, après un viol, dans une population féminine semble compris entre 36% et 48% (Resnick et col., 1993; Foa, 1997).
Source : 5ème Conférence de consensus de la Fédération Française de Psychiatrie

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Les abus sexuels dans l'enfance n'affectent pas seulement les victimes, mais peuvent aussi retentir sur leur entourage. Parfois, le dysfonctionnement familial n'est d'ailleurs pas seulement une conséquence de ce traumatisme, mais un facteur de risque préexistant : violence domestique, reproduction trans-générationnelle, contexte d'addiction, de maladie mentale, ou d'antécédents judiciaires...
Citée par l'éditorialiste de l'American Journal of Psychiatry, une étude de 1996 sur les facteurs de risque en matière de surmortalité à Harlem [1] montre que les taux d'abus sexuels dans l'enfance y sont plus élevés que dans la population générale : 3 fois plus élevés chez les hommes, et 2,75 fois plus chez les femmes. Mais cette surmortalité (par maladie, suicide ou accident) ne résume pas les conséquences différées des abus sexuels, car ce vécu dramatique ne semble pas déclencher un préjudice unique bien identifié, mais plutôt « un ensemble de troubles à la fois psychiques et physiques, source d'une vaste symptomatologie somatique et mentale», même à grande distance de l'événement traumatisant.
Comme le résume l'auteur, « les abus sexuels durant l'enfance déclenchent des perturbations ubiquitaires» dans l'organisme.
Une étude (Talbot & col., 2009) a même montré que des antécédents d'abus sexuel dans l'enfance sont équivalents, en termes de sur-morbidité et d'incidence psychosomatique pour l'intéressé, à un vieillissement prématuré de 8 ans, voire de 20 ans en matière de vécu quotidien et de perception de douleurs corporelles ( for activities of daily living and body pain). L'auteur s'appuie sur ces données pour inciter la société à « de nouveaux efforts» afin d'atténuer l'impact négatif et prolongé des abus sexuels dans l'enfance. Ces efforts impliquent une meilleure prise en charge des victimes et « la nécessité de campagnes de santé publique s'attaquant à leur stigmatisation». Dans l'espoir qu'après une agression sexuelle dans l'enfance, la persistance de séquelles à l'âge adulte ne demeure plus une fatalité.

[1] District de Manhattan, à New-York (États-Unis)

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En cas de violences sexuelle, les victimes ont un risque important de développer des troubles psychotraumatiques chroniques, tel un état de stress post traumatique, risque évalué à 60% en cas d’agression sexuelle, et 80% en cas de viols.

Tous les troubles psychotraumatiques, sont présents avec au moment des agressions une sidération psychique, un état de stress extrême et une disjonction de sauvegarde à l'origine d'une mémoire traumatique. Les reviviscences ultérieures des violences entraînent une grande souffrance et entretiennent un sentiment de danger et d'insécurité permanents, avec mise en place secondaire de conduites de contrôle, d'hypervigilance et d'évitement, et aussi de conduites dissociantes à risques, cf. Magazine de la santé, France 5.

1) Chez l'adulte les troubles les plus spécifiques sont :
les troubles de la sexualité et des conduites sexuelles, les troubles des conduites alimentaires, les conduites à risques ; chez les victimes d'inceste s'ajoutent les troubles de la personnalité (avec une impossibilité de faire confiance, des sentiments de honte et de culpabilité, une très mauvaise estime de soi, une très grande difficulté à contrôler ses émotions) et un risque suicidaire très important (la majorité des victimes d'inceste ont tenté de se suicider).
Pour une victime de violences sexuelles, particulièrement dans l'enfance, la sexualité est un terrain miné par la mémoire traumatique, tous les gestes à connotation sexuelle sont susceptibles d'activer des réminiscences et de générer un état de mal-être, des angoisses, une sensation de danger en fonction des violences subies (par exemple s'il y a eu une pénétration buccale contrainte avec le pénis lors des violences, toute fellation peut devenir impossible dans le cadre d'une relation amoureuse, de même s'il y a eu des baisers forcés lors des violences, tout baiser pendant des relations sexuelles amoureuses consenties est évité. Et si des violences incestueuses ont été commises dans un contexte manipulatoire de caresses, toute caresse, tout préliminaire dans un contexte de rapport sexuel amoureux peuvent là aussi devenir insupportables et seront évités, alors que si les agressions sexuelles ont été extrêmement violentes avec par exemple une pénétration vaginale brutale accompagnée uniquement d'une contention des poignets, puis d'une tentative d'étranglement, des relations sexuelles souhaitées tendres avec des préliminaires seront possibles, mais si le partenaire pendant la relation sexuelle met par jeu ses mains autour du cou ou autour des poignets, cela va entraîner aussitôt une attaque de panique).
Les conduites d'évitement sont une solution, mais quand on veut avoir une vie amoureuse normale il est nécessaire de s'exposer sur le terrain de la sexualité, à moins d'avoir un conjoint qui accepte et qui comprenne qu'il n'y ait pas de possibilité d'activité sexuelle, ou qu'il n'y ait qu'une activité sexuelle très contrôlée et réduite. Cela peut poser malgré tout de gros problèmes si le couple désire avoir des enfants (souvent pour les victimes de violences incestueuses il y a une crainte de la grossesse, de l'accouchement, une crainte d'avoir des enfants et de ne pas être à la hauteur en tant que parent).
Aussi beaucoup de victimes de violences sexuelles vont avoir recours à des conduites dissociantes pour pouvoir quand même accéder à une sexualité. Cela peut être une prise d’alcool ou de drogue avant le rapport sexuel pour se trouver dans un état suffisamment dissocié et anesthésié émotionnellement pour que le rapport sexuel soit possible. Cela peut être le recours avant et pendant les relations sexuelles à des pensées ou à des scénarios hyperviolents, pouvant contenir des scénarios imaginaires de viols, de prostitutions, tellement stressant qu'ils vont déclencher aussitôt une disjonction et créer un état de dissociation et d'anesthésie émotionnelle. Cela peut être le recours à des pratiques sexuelles violentes, sado-masochistes, ou à risque (sans protection avec un risque d'exposition aux maladies sexuellement transmissibles et un risque de grossesse, avec des inconnus, avec des partenaires violents, dans des lieux dangereux, des clubs échangistes, ou dans le cadre de situation prostitutionnelle). Le visionnage de films pornographiques aura le même pouvoir stressant puis disjonctant et anesthésiant (ces conduites dissociantes ont été très bien mises en scène dans des films comme «Belle de jour» de Louis Bunuel et «La pianiste» de Mickael Haneke). Ces pratiques ont un haut potentiel addictif et deviendront compulsives du fait de la dépendance aux drogues dissociantes morphine-like et kétamine-like sécrétées par le cerveau lors des disjonctions provoquées par les conduites dissociantes.
En dehors des relations sexuelles avec un partenaire, les victimes de violences sexuelles peuvent avoir parfois depuis l'enfance des conduites dissociantes sexuelles, seules sur elle-même, en se cachant (les petits enfants peuvent les avoir en public, à l'école), telles qu'une masturbation compulsive, une addiction à la pornographie, des scénarios fantasmés de violences, et des mises en actes de sévices sur elles-mêmes (en reproduisant les violences subies), avec de possibles auto-mutilations. L'addiction au stress est trompeuse, elle peut passer pour une excitation sexuelle, ce qu'elle n'est pas, et la disjonction avec la sécrétion par le cerveau en flash de drogues dissociantes morphine-like et kétamine-like peut être confondue avec un orgasme. Ces comportements, ces pensées, ces pratiques compulsives sont le plus souvent très douloureusement vécues, car ce n'est pas ce que voudraient vivre les personnes, elles ne les comprennent pas et se sentent coupables et honteuses. Les troubles détaillés ci dessous sont donc des conséquences logiques des violences sexuelles.

- a) Les troubles de l'activité sexuelle :

  • soit un évitement de l’activité sexuelle et des rapprochements amoureux, pouvant aller jusqu’à une phobie de l'acte sexuel, un évitement de tout contact, un dégoût pour la sexualité ou pour certaines pratiques habituelles (baiser sur la bouche, pénétration, rapport bucco-génitaux, certaines caresses).
  • soit une difficulté à avoir des rapports sexuels même s'ils sont souhaités, avec une trop grande angoisse, voire des attaques de panique, des nausées, ou bien un vaginisme rendant toute pénétration difficile ou impossible.
  • soit une absence de plaisir lors des rapports sexuels, absence de toute sensation avec une anesthésie corporelle aux niveau des organes génitaux et des zones habituellement érogènes.

- b) Les conduites d'évitement
Elles sont en rapport avec les violences sexuelles, avec une peur ou une véritable phobie des examens gynécologiques, de la grossesse, des infections urinaires, etc.

- c) Les auto-mutilations (scarifications), les conduites à risques, les tentatives de suicide répétées, les comportements sexuels à risque, avec des risques de contamination, de grossesses non désirés, d'IVG à répétition, et de nouvelles violences sexuelles.

- d) Les conduites addictives : alcool, drogues, tabac, médicaments, jeux.

- e) Les troubles du comportement alimentaire : phobies alimentaires, boulimie souvent accompagnée de vomissements et associée à une anorexie, obésité…

- f) les troubles anxio-dépressifs très fréquents et les troubles graves de la personnalité : personnalité traumatique de type personnalité limite, personnalités multiples ou personnalité asociale.

2) Chez l'enfant les troubles les plus spécifiques sont :
- a) Des comportements sexuels inappropriés : masturbation compulsive, exhibitions, auto-mutilations sexuelles, comportements et des propos sexualisés, dessins et des jeux sexualisés compulsifs, agressions sexuelles sur d'autres enfants.

- b) Un changement brutal de comportement : apparition d'un état d'agitation, de tristesse avec des propos dépressifs, repli sur soi, mutisme, pleurs, mises en danger avec accidents à répétitions, agressivité…

- c) Des symptômes régressifs, avec développement d'une grande angoisse de séparation, réapparition de comportements qui avaient disparu en grandissant comme sucer son pouce, parler bébé, se balancer, faire pipi au lit, avec une perte de l'autonomie…

- d) L’apparition soudaine de comportements de peurs et de phobies, peur du noir, de certains adultes et de certaines situations, peur d'être enfermé, peur de la toilette, d'aller au WC. Il peut également y avoir une phobie sociale, une phobie de l'école, des attaques de panique…

- e) Des douleurs, des lésions et des symptômes génito-urinaires et anaux, des douleurs et des troubles digestifs et alimentaires : constipation, encoprésie (faire caca dans sa culotte), nausées, vomissements, anorexie et/ou boulimie…

- f) Des troubles du sommeil, de la concentration et de l'attention, des troubles cognitifs avec une chute des résultats scolaires, et un arrêt des activités extra-scolaires…

3) chez l'adolescent les troubles les plus spécifiques sont :
- a) Des conduites à risques : nombreuses mises en danger entraînant des accidents à répétition, jeux dangereux, actes de délinquances, violences agies, conduites addictives (alcool, tabac, drogues, jeux internet, sites pornographiques), fugues à répétition, conduites sexuelles compulsives à risque, avec multiplication des partenaires, parfois des inconnus, sans protection, voire des situations prostitutionnelles, grossesses précoces, IVG à répétition, départ précoce du domicile familial, avec un risque élevé de subir de nouvelles violences.

- b) Des conduites auto-agressives : tentatives de suicides répétées, auto-mutilations (scarifications)…

- c) Des troubles de l'humeur, des troubles phobo-anxieux et des troubles de la personnalité : douleur morale intense, idées suicidaires fréquentes, isolement et retrait, comportements de peur et d'évitement phobique, crises d'angoisse, refus de la sexualité, refus de grandir et de devenir adulte, sentiment d'étrangeté, d'être différent et incompris, perte de confiance, mauvaise estime de soi, troubles de la personnalité de type border-line…

- e) Des troubles du comportements alimentaires et des troubles du sommeil (insomnies, réveils nocturnes, cauchemars)…

- f) Des échecs scolaires : phobie scolaire voire abandon scolaire, absentéisme scolaire, troubles de la concentration, de l'attention et de la mémoire.

- g) Des symptômes somatiques fréquents : fatigue chronique, céphalées, cystites à répétition, règles très douloureuses, douleurs pelviennes, ballonnements, nausées et vomissements, palpitations…

Dr Muriel Salmona, août 2010

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