La relation entre la violence sexuelle subie durant l'enfance et la satisfaction conjugale chez l'homme

 Phénomène d'actualité, les infractions sexuelles surviennent en deuxième place parmi les crimes violents (Statistique Canada, 2002). L'abus sexuel est davantage répertorié chez les femmes et les victimes masculines sont parfois négligées tant par les chercheurs que par les responsables des services d'aide aux victimes (Bauserman & Rind, 1997; Lab, Feigenbaum & De Silva, 2000). Toutefois, les chercheurs soutiennent qu'une proportion non négligeable, soit entre 20 et 28 % de la totalité des abus sexuels sont perpétrés à l'endroit des garçons (Badgley et al., 1984; Statistique Canada, 1999). Chez ces hommes, la prévalence d'abus sexuels durant l'enfance et/ou l'adolescence se situe entre 3 et 37 % au Canada et aux États-Unis (voir Badgley et al., 1984; Dhaliwal, Gauzas, Antonowicz & Ross, 1996; Molnar, Buka & Kessler, 2001; Polusny & Follette, 1995). Gorey et Leslie (1997), en tenant compte des variations dans les échantillons, des taux de réponses et des différentes définitions employées dans 16 études menées auprès d'échantillons représentatifs de la communauté, calculent un taux ajusté de 7,9 %.

 Les rares recherches qui portent sur la relation entre le trauma sexuel vécu durant l'enfance et la relation de couple formée à l'âge adulte par les hommes sont en fait généralement des études de cas (Dhaliwal et al., 1996). L'évitement de l'intimité (retrait émotionnel, isolement) est un symptôme fréquemment observé. La documentation scientifique fait également état d'un lien, surtout chez la femme, entre l'abus sexuel et un risque accru de problèmes conjugaux et de désunions, une baisse de satisfaction conjugale, des difficultés à maintenir les relations intimes et de la méfiance envers autrui (Alexander, 2003; Davis & Petretic-Jackson, 2000; DiLillo, 2001).

En définitive, l'analyse des études sur les séquelles de l'abus sexuel chez l'homme conduit à certaines observations. Ces études sont rares, elles ne s'appuient pas sur des modèles intégrateurs élaborés et n'incluent pas systématiquement de groupe contrôle (Banyard et al., 2004; Briere & Elliott, 2003; Dhaliwal et al., 1996, Ferguson, 1997; Holmes & Slap, 1998). Le modèle retenu aux fins de la présente étude se fonde sur cinq hypothèses complémentaires. En premier lieu, en regard de la documentation scientifique sur les victimes féminines (Roche, Runtz & Hunter, 1999), le modèle stipule que l'abus sexuel ainsi que la violence familiale subis durant l'enfance se répercutent directement sur le style d'attachement. Précisément, l'abus sexuel entraînera une diminution du sentiment de valeur personnelle. Par conséquent, l'homme abusé risque de douter de sa relation et de s'appuyer excessivement sur son partenaire pour établir sa sécurité personnelle (anxiété d'abandon). Il va aussi éviter la proximité et l'intimité pour se protéger de la douleur associée au départ appréhendé du partenaire amoureux. Les antécédents de violence familiale devraient s'associer à l'abus sexuel pour intensifier ce sentiment d'insécurité au sein des relations d'attachement. En second lieu, le style d'attachement influencera le degré de détresse psychologique (Boisvert, Lussier, Sabourin & Valois, 1996). L'attachement est donc envisagé ici comme médiateur de la relation entre l'abus sexuel et la détresse psychologique (Roche et al., 1999). En troisième lieu, d'étroites relations sont observées entre la détresse psychologique et l'ajustement conjugal (Gélinas et al., 1995). Nous devrions aussi observer un tel lien. La détresse psychologique constituera donc un facteur médiateur de la relation entre l'attachement et la satisfaction conjugale. En quatrième lieu, nous postulons la présence d'un lien entre l'abus sexuel et la détresse psychologique afin de tenir compte de l'association rapportée dans la documentation scientifique (voir Polusny & Follette, 1995). Enfin, en cinquième lieu, des études montrent que le style d'attachement est relié au degré d'ajustement dyadique (Lapointe, Lussier, Sabourin & Wright, 1994).

Une étude canadienne fournit un éclairage intéressant sur les répercussions qui sont associées à long terme au trauma sexuel vécu en bas âge chez l'homme. Les victimes masculines intériorisent une image négative d'eux-mêmes, sont plus instables sur le plan des émotions, se sentent dépendantes face à leur partenaire et sont préoccupées par l'idée que leur partenaire ne les aime pas. Par conséquent, l'abus sexuel est indirectement relié à l'ajustement dyadique à l'âge adulte. En fait, le trauma sexuel vécu en bas âge semble interférer avec la formation d'un style d'attachement sécurisant, de sorte que les victimes tendent plutôt à développer un style d'attachement empreint d'anxiété abandonnique. Ce style d'attachement non sécurisant s'associe à une augmentation des signaux de détresse psychologique qui, en retour, est liée à une intensification de la détresse conjugale. Il s'agit d'une voie par laquelle l'abus sexuel se répercute indirectement sur l'ajustement dyadique.

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