Sommes-nous donc toutes des putains ?

 

Une brise fraiche, un soleil timide et une capitale somnolente. Cette nuit encore, Morphée m’a boudée. J’ai la bouche pâteuse, mal au crâne et une colère sourde. Je sens mes tripes bouillir, prêtes à exploser au grand jour ou imploser par dépit.

Je choisi de libérer ma colère, de dire mon dégout et ma tristesse.

Pourtant la journée commençait bien. Je parcourais les méandres de la toile, glanant l’information utile ou captivante. Revue de presse quotidienne oblige. Hier, déjà, j’étais tombée sur cet article partagé sur les murs (facebook) de plusieurs contacts (Non point d’amitié sur facebook, soyons sérieux). Je l’avais négligé. Rédigé depuis plus d’un an, je ne lui trouvais rien d’original. En effet, la femme algérienne est maltraitée. Je ne sais pas pourquoi je l’ai lu.

Mon sang a bouillit dans mes veines et un cri sourd m’a déchiré de l’intérieur. Quelques paragraphes ont suffit à ramener à la surface des décennies de refoulement. En effet, je suis une « prostituée » dans mon pays et je n’ai jamais reçu de salaire ! (Bien sûr, l’affirmation est exagérée, l’image n’est pas tout à fait correcte mais l’émotion est palpable, dans ce texte d’une jeune algérienne, vivant à Boumerdès)

Difficile d’imaginer la violence des propos et leur obscénité, l’humiliation profonde et la rage que certaines paroles ou actes peuvent engendrer lorsqu’on n’a pas un vagin. Nous autres, sexe faible, sexe tendre, sexe maudit sommes des sous-humaines ! Élevées dans la honte de nos attributs, la soumission et la dépendance de l’homme. On apprend, dès notre plus jeune âge à être docile, à tenir une maison, à nous faire joli afin d’attirer le mâle. Et dans notre inconscient, on enracine une idée qui tracera toute notre vie « tu n’es rien sans un homme ».

Et notre image de l’homme se construit sur un père taciturne et violent, des frères tyranniques et sadiques, des cousins curieux, des voisins voyeurs et tous les autres. Les autres ? Hittistes désœuvrés, frustrés et affligeants qui passent leurs journées à scruter et commenter nos corps, à nous examiner comme du bétail, nous évaluer.

La plus alertes des femmes connaissent mentalement la carte des quartiers à éviter, s’habille en conséquence et adoptent l’attitude qu’il faut pour se fondre dans la masse. « Tu sais, éviter les problèmes… ». Toutes les femmes savent qu’il faut éviter les ruelles parallèles, les escaliers obscurs et les cages d’escaliers. Mais ça ne suffit jamais, nous sommes toujours des putains en puissance. D’autres se permettent quelques fantaisies, chèrement payées.

A combien de mains aux fesses, d’insultes, de gestes obscènes s’expose-t-on ? Mais encore, combien de violes, de coups de couteaux, d’agressions sexuelles ? Et lorsque l’inévitable est commis, c’est toujours à la femme, objet maudit et porteur de tous les anathèmes de porter le chapeau du déshonneur. L’honneur de toute une famille tient entre les giboches des jeunes filles.

Le statut de la femme s’enfonce davantage en ce mois sacré –qui, avouons-le, n’est plus qu’un mauvais quart d’heure à passer-. Après plusieurs heures de travail ou de cuisine, (souvent cumulées) dans une chaleur caniculaire, la gorge sèche et l’échine courbée, beaucoup de femme s’autorisent à s’évader, une fois la vaisselle du ftour faite. Nous sommes autorisées à voir les étoiles un mois par an. Une fois les ventres repus, la cigarette grillée et le gosier rafraichi, l’algérien se fait moins dangereux. Alger s’anime, grouille, on déambule dans les rues de Didouche Mourad et de Sidi Yahia, l’esprit léger. Mais au détour d’une rue, l’insulte rappelle la misère de notre condition.

Montagnardes, citadines, femmes aux foyers, employées, intellectuelles, riches, pauvres, voilées ou pas. Nous sommes toutes les victimes d’hypocrisie sociale, la complaisance des politiques, et la lâcheté de la société civile.

Pourtant, ma mère me racontait ses balades au bras de mon père, les gambettes mi-nues et l’esprit tranquil….

Cet article est paru pour la première fois sur le blog http://nesrines.wordpress.com le 22 août 2011

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