Présumé non-consentement ?

 

Par Sandrine Goldschmidt, journaliste et militante.

Il y a quelques mois, j’écrivais ceci : « le présumé consentement n’existe pas ». C’était quelques jours après le 14 mai, où DSK a selon lui fait une « faute morale ».
La justice américaine l’a relaxé des charges qui pesaient contre lui, mais il n’a pas su livrer d’autres explications que celles qui sont dans le rapport du procureur.

Et celles-ci, contrairement à ce qu’il a dit, sont loin de l’innocenter.

En revanche, il y a certains points qui ont rarement été abordés. Par exemple, le fait que dans toutes les affaires qui ont été portées à notre connaissance et qui le concernent, il s’agissait d’accusations d’agressions sexuelles dans un contexte de travail. La première, Tristane Banon, venait l’interviewer. Faire des avances à une journaliste dans le cadre de son travail, n’est-ce pas contraire à la loi ? Dans le second, Piroska Nagy au FMI a dit qu’elle s’était sentie ne pas être en position de refuser…en d’autres termes, céder sans consentir. Elle travaillait avec DSK. Enfin, Nafissatou Diallo, était femme de chambre dans un grand hôtel, le Sofitel, et travaillait au moment de la relation sexuelle que DSK décrit comme non délictuelle ou criminelle dans la suite 2806.

Or, la définition du harcèlement sexuel, c’est : des agissements de harcèlement de toute personne dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelles à son profit ou au profit d’un tiers sont interdits (L.1153-1Code du travail). Et : Contrairement au harcèlement moral qui nécessite des agissements répétés, un seul acte peut être constitutif d’un abus d’autorité en matière sexuelle.

Le principe de domination, c’est justement celui de l’abus de pouvoir qui n’y paraît pas. Ainsi, le dominant, sûr de son bon droit, la ou le dominé, sur de son non-droit, forment un couple indissociable dans lequel le consentement n’existe pas. L’un est tellement habitué à obtenir ce qu’il veut, l’autre à subir, que les deux contribuent la plupart du temps à la perpétuation du système.

Parfois, certaines se rebellent, et demandent justice. Et c’est là que leur crédibilité est mise à mal. Parce qu’aujourd’hui, la loi sinon son application, sont claires en la matière.

Si on n’a pas le droit de demander des faveurs sexuelles sur le lieu et dans le contexte de travail, c’est parce que les rapports de pouvoir en son sein faussent la possibilité de consentement.

Si on n’a pas le droit d’envisager des relations sexuelles avec des mineur-es, c’est parce que l’autorité que représentent les adultes se transforme en abus de pouvoir s’il consiste à leur demander des faveurs sexuelles et que le consentement ne peut pas exister.

Si on ne devrait pas pouvoir acheter des services sexuels, c’est parce que l’argent confère un pouvoir et qu’il interdit le consentement.

Si enfin toute situation qui peut s’apparenter à une situation de pouvoir de l’un-e sur l’autre (un médecin avec sa patiente, par exemple), y compris la différence d’âge (une jeunette de 20 ans face à un cinquantenaire sûr de lui), constitue un facteur aggravant en matière de viol et d’agression sexuelle.

Tout cela nous mène à une réflexion, qui émane de ce qui dit aujourd’hui la loi : pour qu’il y ait consentement, il faut qu’il n’y ait pas de rapport de pouvoir ni de domination. Nous sommes dans une société où une immense part des rapports humains sont fondés sur le pouvoir, et en particulier en matière de relations femmes-hommes, avec une société de domination masculine. Alors oui, dans ce contexte là, le présumé consentement ne peut exister. Mais en allant plus loin, on pourrait envisager que c’est le non-consentement qui devrait être présumé, sinon par la loi, du moins par celui ou celle qui cherche à obtenir un échange sexuel avec une autre personne.

Pour répondre enfin à l’inimaginable article de Marcella Iacub dans Libé (où elle va jusqu’à comparer un vol de livre à une agression sexuelle), on pourrait conclure ainsi : la liberté sexuelle, ce n’est pas le droit de coucher avec n’importe qui n’importe quand n’importe comment, c’est celui d’avoir des relations sexuelles libres parce que non subies, par exemple parce qu’on est une femme mariée à un homme qui vous bat ou harcèle, parce qu’on est une femme ou un homme qui subit des relations hétérosexuelles dans une société qui refuse l’homosexualité, etc… Et peut-être que le garant de ce droit, cela pourrait être a minima l’auto-réflexion (certain nous a dit qu’il avait beaucoup réfléchi) sur la notion de présumé non-consentement.

Cet article est paru pour la première fois sur le blog de Sandrine Goldchmidt : http://sandrine70.wordpress.com/ le 19 septembre 2011

 

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