« mini-lolitas » disent-ils, maxi-colère

 

Par Sandrine Goldschmidt, journaliste et militante.

Avec les polémiques sur ce qu’on appelle désormais « l’hypersexualisation des petites filles », qu’on pourrait aussi appeler comment vendre en faisant des petites filles de plus en plus tôt des objets sexuels, un nouveau mot est apparu : « mini-lolita ». C’est cette semaine dans le titre d’un article de l’excellent webmagazine Les nouvelles news, qui fait le point sur les derniers faits de pubs en ce domaine et intitulé : « Minis-lolitas : polémiques en chaîne ».

Bien évidemment, je trouve juste hallucinant qu’il vienne idée à des femmes ou des hommes sous prétexte de trouver un nouveau créneau marketing d’exploiter des enfants dans la publicité : que je sache, il y a des lois strictes interdisant le travail des enfants, et on peut toujours critiquer les pays qui n’en ont pas, alors qu’on n’interdit pas d’utiliser des petites filles pour vendre en en faisant des objets liés à la sexualité (soutiens-gorge rembourrés pour filles de 8ans et j’en passe !). Certes, leur « temps de travail » est très encadré. Mais est-ce qu’on compte le temps de leur exposition au regard d’un monde qui tourne vraiment mal ?

Bien évidemment, je trouve aussi juste hallucinant et révoltant qu’on continue, alors qu’on sait très bien les dégâts des magazines féminins et de la pub, alors que tant de jeunes filles sont maigres comme des clous autour de nous et ont l’air malade, à ne pas s’intéresser  à la santé des petites filles et à les encourager à ne se voir que comme des objets de désir…

Mais ce qui me fait réagir cette fois-ci, c’est l’emploi de ce mot, Lolita, reproduisant l’image même de ce qui est dénoncé, et ce que révèle cet excellent article de Sokhna Fall « l’éternel détournement de Dolorès Haze ». Ou comment, en appliquant à la victime de crimes sexuels la responsabilité des faits, on déculpabilise l’agresseur. Ainsi, en faisant de « Lolita » un nom qui décrirait une adolescente sexy qui chercherait à attiser les hommes, on passe sous silence le fait qu’elle est purement et simplement, comme des millions d’enfants à travers le monde, la victime d’un prédateur sexuel.

Un renversement inconscient qui fait qu’en disant « mini-lolita » on véhicule le mauvais message, comme quand on affirme qu’une « enfant se faisait un nom : Typhaine Blondeau« , selon un des derniers scandales de l’été. Non, elle ne s’est pas fait un nom, d’autres se sont servi d’elle. A dix ans, elle n’est pas majeure et en mesure de « se faire un nom ». En revanche, elle est tout à fait en âge d’être exploitée et agressée.

Il serait temps qu’on cesse ce renversement permanent, et qu’on remette les choses à l’endroit.Il n’y a pas de mini-Lolita, il y a des agresseurs et des inconscient-es qui ne les dénoncent pas.
Heureusement, il y a des gens qui se battent, c’est pour moi l’occasion de donner le lien vers ce site indispensable, du CRIFIP, Centre de Recherches Internationales et de Formation sur l’Inceste et la Pédocriminalité, qui réunit infos, documentations, témoignages, articles, et que, aux côtés de beaucoup d’autres, je soutiens.

Cet article est paru pour la première fois sur le blog de Sandrine Goldchmidt : http://sandrine70.wordpress.com/ le 21 août 2011

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