Enfants handicapés et maltraitances dans les familles et institutions

 

Par Evelyne Josse

Dans le premier article, nous avons passé en revue les facteurs de vulnérabilité à la violence sexuelle propres aux enfants handicapés et gravement perturbés en raison même de leur handicap et de leur prise en charge quotidienne. Dans le présent, nous allons analyser les variables qui facilitent la maltraitance à leur égard tant au sein de leur foyer qu’entre les murs des institutions spécialisées qui les accueillent.

Le handicap ou les troubles graves de la personnalité facilitent tant la maltraitance intrafamiliale qu’institutionnelle.

La violence intrafamiliale

Divers facteurs augmentent le risque qu’un enfant soit victimisé au sein de sa famille. Les soins de santé permanents, la rareté des services de garde de qualité, le fardeau financier et l’isolement social constituent une source sérieuse de stress pour les parents. La difficulté à gérer les tensions et la fatigue les fragilisent et sont susceptibles de détériorer leurs compétences parentales. Cette situation entraîne un risque accru de passage à l’acte violent, y compris sexuel. La violence intrafamiliale s’explique également par le fait que le handicap ou la particularité de l’enfant contrarie la formation du lien d’attachement (enfant décevant les attentes parentales, difficulté de communication réciproque, etc.).

Les abus envers les enfants handicapés en institution

Les établissements pour enfants handicapés ou présentant des troubles psychiatriques défrayent régulièrement la chronique. Une étude américaine révèle que les soignants sont 1,7 fois plus susceptibles d’abuser d’enfants handicapés que d’enfants qui ne le sont pas [1]. Dans ces institutions, lorsque la relation entre un enfant et un professionnel devient conflictuelle, cette relation d’assistance et de supervision risque d’évoluer en relation de pouvoir et de domination. L’attention bienveillante de l’éducateur ou du soignant se mue alors en mépris et en critiques, voire en agressions.

La position de toute-puissance de l’intervenant dans son rôle d’encadrement et les préjugés vis-à-vis des enfants (par exemple, enfants insensibles à la douleur, incapables de ressentir des émotions, inaptes à comprendre, oubliant rapidement les événements vécus, etc.) et l’impunité dont les agresseurs se croient assurés facilitent le passage à l’acte maltraitant. La loi du plus fort s’exerce d’autant plus aisément que l’enfant est démuni (par exemple, incapable de se défendre ou de parler) et isolé (par exemple, privé au quotidien du soutien de sa famille).

Les abus sexuels au sein de ces institutions pour enfants s’expliquent également par l’attrait qu’elles présentent pour les « professionnels » pédophiles en quête d’un terrain de chasse fructueux. Dans ces établissements spécialisés, les enfants peuvent aussi être abusés par d’autres résidents. Comme nous l’avons signalé, les enfants souffrant de handicap mental ou de pathologies psychiatriques peuvent présenter de l’inhibition et de la passivité mais également de la désinhibition, de l’excitation et de l’agressivité qui, couplées aux pulsions sexuelles et à la promiscuité, peuvent favoriser des passages à l’acte violents envers d’autres résidents, notamment à la puberté et à l’adolescence.

Pour conclure, nous tenons à rendre hommage aux familles et au personnel des institutions qui dans leur toute grande majorité font preuve de dévouement, de sérieux et d’honnêteté. Si les violences sexuelles à l’égard des enfants handicapés et gravement perturbés sont heureusement fort rares, il convient toutefois d’être conscient de cette tragique réalité et de rester vigilant.

Evelyne Josse

Article paru sur www.secunews.be, le 25 janvier 2011. www.resilience-psy.com

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